Les organisateurs de la Coupe du monde de rugby ont tranché mercredi une épineuse question : le toit amovible du stade du Millenium à Cardiff restera finalement ouvert pour la finale. Cette question cruciale était l’un des points de litige avant le match France v/s Australie de samedi, les Wallabies désirant fermer le toit alors que les Français avaient plutôt estimé qu’il fallait le garder ouvert. La pluie qui est tombée sur le Pays de Galles ces derniers temps a endommagé la pelouse et donné lieu à des matches un peu gâchés par les glissades et les fautes de main. Le flanker français Olivier Magne avait dit : «C’est une bonne chose de protéger la pelouse jusqu’au jour du match, mais nous ne devons pas jouer avec le toit fermé. Le climat fait partie du rugby, ce n’est pas un sport en salle». John Eales, le capitaine australien, avait en revanche estimé que fermer le toit ferait de la finale «une occasion spéciale, une expérience unique». Les organisateurs ont fait valoir qu’ils n’avaient pas reçu de demande officielle de fermer le toit. Australie v/s France : deux approches différentes Plus que le duel à distance entre hémisphère Nord et hémisphère Sud, la finale de la Coupe du monde entre l’Australie et la France opposera deux approches différentes du rugby. La question a alimenté toute la Coupe du monde : quelle est la largeur du fossé physique et technique qui sépare les deux hémisphères ? Les défaites, lors du premier tour, de l’Écosse face à l’Afrique du Sud, puis de l’Angleterre contre les All Blacks ont fourni une partie de la réponse. L’élimination simultanée des trois principales nations britanniques (Angleterre, Pays de Galles et Écosse) par l’Afrique du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande en quarts de finale a renforcé les convictions. Le 24 octobre dans la soirée, les Nordistes étaient très loin du niveau des Sudistes et s’interrogeaient déjà sur le format de leurs compétitions et sur le manque de qualités de leurs joueurs. Le débat a pris un nouveau tournant une semaine plus tard avec la démonstration de la France face aux All Blacks (43-31) en demi-finale à Twickenham. Le retour de l’hémisphère Nord «C’est l’équipe de France qui a gagné, a insisté Jean-Claude Skrela, son entraîneur. Ce n’est pas une victoire de l’hémisphère Nord et cela n’enlève rien aux problèmes structurels du rugby français». «Les Français ne peuvent pas être comparés aux équipes de l’hémisphère Nord», soulignent les Australiens. «Si vous les laissez jouer, vous êtes perdus», acquiesce Rod MacQueen, l’entraîneur des Wallabies. L’accession de la France en finale de la Coupe du monde marque cependant le retour de l’hémisphère Nord à ce stade de la compétition. En 1995, la finale avait été 100 % sudiste : Afrique du Sud-Nouvelle-Zélande. Quatre ans plus tard, les Français revendiquent un système propre pour expliquer leur deuxième qualification pour une finale de Coupe du monde. L’encadrement français s’est cependant un peu inspiré du modèle... sudiste pour la préparation de l’équipe. Pour compenser le faible niveau du championnat national, et le manque de rencontres de très haut niveau, les entraîneurs ont disposé des joueurs pendant deux mois avant le début de la Coupe du monde. « On ne sait pas ce que les Français vont faire » Cette préparation intensive, d’abord sur le plan physique puis dans le domaine technique, a permis aux Français d’arriver au sommet de leur forme pour les quarts de finale, le 24 octobre face à l’Argentine, après une première partie de Coupe du monde délicate. Les Australiens ont eux suivi le schéma classique des équipes du Sud, avec une longue coupure avant le début de la saison, puis l’enchaînement du Super 12 et des matches internationaux. Dans ce domaine, les Wallabies possèdent un avantage. Sport mineur, derrière l’Australian Rules et le XIIIe, le rugby australien s’est refermé sur trois bastions, deux régions historiques, le Queensland (Brisbane) et la Nouvelle-Galles du Sud (Sydney), et une équipe «artificielle», l’ACT, basée à Canberra. Les trente joueurs qui composent l’effectif des Wallabies sont répartis dans les trois équipes où l’approche du jeu est identique. En revanche, les joueurs français sont confrontés à des discours différents selon qu’ils jouent avec leur club ou en équipe nationale. Cette diversité fait paradoxalement la force du rugby français. «Le principal danger avec les Français, explique Rod MacQueen, c’est que l’on ne sait jamais ce qu’ils vont faire...» 3e place : Gros enjeu pour la « petite finale » Le match entre les All Blacks néo-zélandais et les Springboks sud-africains, pour la troisième place de la 4e Coupe du monde de rugby, jeudi soir à Cardiff (20h00 GMT), sera bourré d’enjeu, contrairement à la tradition de ce «match pour du beurre». Pour l’anecdote, ce sera une revanche de la finale de l’édition 1995, remportée par les Springboks (15-12). Pour l’avenir, ce sera le début du parcours vers 2003, puisque le vainqueur sera qualifié automatiquement pour la prochaine phase finale. En 1995, la France avait battu l’Angleterre pour la 3e place (19-9). Elle s’était ainsi épargnée des éliminatoires fastidieux contre des équipes de seconde zone, et assurée un tableau favorable, sans gros obstacle jusqu’aux demi-finales, dont elle a pleinement profité depuis début octobre. Il y aura aussi d’autres enjeux, plus symboliques : l’honneur des All Blacks et de leur entraîneur John Hart, super-favoris surclassés dimanche par la France, le statut des Springboks et de leur technicien Nick Mallett, dépossédés samedi de leur titre de champion du monde par des Australiens redoutables. Une deuxième défaite consécutive des Blacks précipiterait la désagrégation d’un groupe que vont peut-être quitter Hart et le capitaine Taine Randell, jugés responsables de la déroute de dimanche, mais aussi Jonah Lomu et Jeff Wilson, car le premier envisage de passer à XIII, et le deuxième de prendre de longues vacances. Répétition pour samedi Une victoire spectaculaire permettrait de sauver les apparences et surtout de commencer à effacer les traces du cauchemar de Twickenham. Sauf que les Springboks ne l’entendent pas de cette oreille et veulent se montrer dignes de leur rang, en prévision des prochains combats dans la jungle de l’hémisphère Sud. Leur courage contre des Australiens supérieurs dans beaucoup de domaines, jusqu’à ce drop incroyable de Larkham dans la prolongation, a été unanimement salué. Conscients des limites de leurs options tactiques, les Springboks ont ensuite accepté avec dignité la toute première défaite de leur histoire en Coupe du monde. Les Sud-Africains semblent aussi être sortis des demi-finales beaucoup moins marqués psychologiquement que les All Blacks et ils ont aussi eu un jour de récupération en plus, toujours bon à prendre à la fin d’une compétition aussi exigeante. Ils voudront aussi offrir à l’ouvreur Henry Honiball une belle sortie, pour sa dernière rencontre internationale. Exemple parfait de l’esprit régnant dans cette équipe, Jannie De Beer, héros des quarts de finale, a demandé une place sur le banc, pour qu’Honiball puisse jouer ce match à son poste de prédilection. Enfin, cette rencontre sera une répétition générale pour samedi, avec d’un côté l’attaque des All Blacks, Jonah Lomu en tête (8 essais), et de l’autre la défense des Springboks, deux essais encaissés en cinq matches. Un intérêt supplémentaire, moins de 48 heures avant le choc entre les trois-quarts français et le paquet d’avants australiens. Une «petite finale» comme répétition de la grande finale ? À part l’identité des deux participants, c’est logique.
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