Le débat passionné sur la résolution 242 de l’Onu provoqué par des propos très controversés du Premier ministre israélien Ehud Barak illustre à lui seul le fossé qui sépare Israéliens et Palestiniens. M. Barak a déclenché cette polémique lorsqu’il a déclaré dimanche en Conseil des ministres, selon la radio israélienne, que cette résolution de novembre 1967, qui demeure le document de référence pour la recherche de la paix au Proche-Orient, ne s’appliquait pas à la Cisjordanie et à Gaza. Ces propos ont été tenus à la veille même de l’ouverture à Ramallah (Cisjordanie) des négociations sur le statut final de Cisjordanie et de Gaza, conquis par Israël lors de la guerre des «Six jours» de 1967. La 242 a toujours été un sujet de controverse en raison de sa formulation. Si le texte français ne souffre aucune ambiguïté, puisqu’il exige le retrait des forces armées israéliennes «des territoires occupés lors du récent conflit», la version anglaise, en revanche, parle d’un retrait «de territoires occupés». Sur la base de cette version anglaise, Israël a toujours prétendu que cette résolution ne l’obligeait pas à évacuer tous les territoires conquis en 1967. Mais M. Barak est apparemment allé encore plus loin dimanche en estimant que la 242 ne s’appliquait pas aux négociations sur le règlement final du conflit israélo-palestinien. Il avait justifié sa position, selon la radio, en expliquant que la 242 s’appliquait aux territoires d’«États souverains comme l’Égypte et la Syrie». Or, la Cisjordanie et Gaza étaient contrôlés avant la guerre de 1967 par la Jordanie et l’Égypte. Israël a rendu le Sinaï à l’Égypte en 1982 et essaie toujours d’obtenir la reprise des négociations avec la Syrie, dont l’objectif serait la conclusion d’un traité de paix en échange d’un retrait israélien du plateau du Golan. Les Palestiniens ont répliqué en prenant à témoin la communauté internationale pour avertir que cette position risquait de détruire le processus de paix. M. Barak s’est ainsi trouvé sur la défensive lundi lors de sa visite à Paris, d’autant que le président palestinien Yasser Arafat, également présent dans la capitale française, n’a pas manqué l’occasion de l’accuser de vouloir revenir sur la parole de l’État hébreu. Le leader palestinien a ainsi rappelé que les accords d’Oslo sur l’autonomie de 1993, ainsi que le récent accord israélo-palestinien de Charm el-Cheikh du 5 septembre, reposaient sur la 242. M. Barak en a donc été réduit à essayer de limiter les dégâts sur le plan diplomatique. «Il est clair que la résolution 242 a une signification différente quand il s’agit de pays comme l’Égypte, ou la Syrie d’ailleurs», a-t-il déclaré à la presse à Paris. «La Cisjordanie et Gaza n’ont jamais appartenu à un État souverain», a, pour sa part, affirmé le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Aviv Shiron. «C’était un “no man’s land”. L’application de la 242 à ces territoires n’est donc pas claire», a-t-il dit. «Dans la mesure où Barak a dit qu’Israël ne reviendrait pas aux frontières de 1967 et maintiendrait la plupart des implantations juives en Cisjordanie et à Gaza sous souveraineté israélienne, il est clair qu’il ne considère pas que la 242 s’applique à toute la Cisjordanie», a-t-il poursuivi. Ce débat en apparence aride sur la 242 recouvre, en effet, un problème très concret et capital pour le sort des négociations, à savoir le sort des quelque 150 colonies de peuplement établies par des colons juifs en Cisjordanie et à Gaza depuis 1967. La 242 «a toujours fait l’objet d’interprétations diverses», a souligné lundi à Ramallah le chef de la délégation israélienne, Oded Eran. «De toute évidence, la partie palestinienne a sa propre interprétation et nous avons la nôtre». Mais pour les Palestiniens, la leçon de cette polémique est claire. «Le but de Barak est de satisfaire les colons extrémistes et l’extrême droite», a ainsi affirmé hier dans un éditorial le quotidien al-Ayyam.
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