Le Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu a échoué à convaincre les Israéliens qui, davantage qu’une option idéologique, ont sanctionné un homme à la personnalité décriée. M. Netanyahu avait séduit la majorité de l’électorat israélien en 1996, grâce notamment à ses talents de communicateur et son habileté à défendre, dans un style moderne, les vieux dogmes de la droite sioniste. Mais au terme d’un mandat de trois ans, il s’est retrouvé isolé au sein même de son propre camp. En trois ans de pouvoir, M. Netanyahu a pourtant mené une politique en mesure de satisfaire son électorat. De fait, il a en grande partie réussi à limiter l’autonomie palestinienne consentie par ses prédécesseurs, grâce à ses talents de tacticien, aux divisions de ses opposants, mais aussi à la placidité de la communauté internationale. M. Netanyahu a montré durant son mandat qu’il était capable, contraint et forcé, de passer des compromis, même s’il se révélait ensuite incapable de les appliquer. Parallèlement, le nombre d’attentats, qui avaient traumatisé la population israélienne à la veille des dernières élections et avaient largement contribué à son élection, a considérablement diminué. Mais sa conduite très personnelle des affaires, improvisée et parfois brouillonne, a enragé ses ministres et ses alliés et a fini par le contraindre, en décembre 1998, à convoquer des élections anticipées. Durant trois ans, nombre de ses proches lui ont reproché, parfois en public, de ne pas avoir tenu ses promesses et même de leur avoir menti effrontément. À mi-mandat, il avait essuyé une tentative de fronde dans son parti, le Likoud, dont il a abandonné hier soir la direction. Ses pratiques peu démocratiques avaient également été mises au grand jour lorsqu’il avait tenté, par des voies détournées, d’annuler les primaires dans son parti afin de s’en assurer le contrôle. Décrié par l’establishment israélien, qui lui reproche d’avoir saboté le processus de paix et affaibli l’économie, M. Netanyahu avait choisi de s’appuyer sur les classes défavorisées, auxquelles il avait promis «la paix dans la sécurité». À l’instar du nouveau Premier ministre élu Ehud Barak, il a choisi durant la campagne de mettre l’accent sur son passage dans l’armée, où il a servi dans les commandos et participé à plusieurs opérations, et où il fut blessé au combat, sans cependant dépasser le grade de capitaine. Sa biographie officielle souligne aussi son image de combattant du «terrorisme international» qu’il cultivait depuis son entrée en politique en 1988, après une carrière diplomatique. M. Netanyahu a été profondément marqué par la mort de son frère aîné, Jonathan, tué en dirigeant l’opération de sauvetage des otages d’un Boeing d’Air France détourné sur Entebbe (Ouganda) en 1976. La notoriété lui est venue avec la crise du Golfe, en 1990-91, puis à la Conférence de paix de Madrid fin 1991. Simple vice-ministre mais aidé par son anglais parfait – il a passé vingt ans aux États-Unis –, il a joué le rôle de principal porte-parole israélien dans l’arène internationale. Son habileté à défendre la cause d’Israël l’a alors propulsé au premier rang. En 1992, à peine quatre ans après avoir été élu pour la première fois au Parlement, il succéda à la tête du Likoud à M. Yitzhak Shamir, qui venait de perdre les élections face au dirigeant travailliste Yitzhak Rabin. Ses frasques conjugales, ses manières modernes et ses convictions laïques n’avaient pas empêché M. Netanyahu de rallier derrière lui l’électorat ultra-orthodoxe et des colons, qui lui ont de nouveau apporté un soutien massif lundi.
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