L’Italie est aux pieds de Marco Pantani, le «Pirate» du peloton qui part à l’attaque de son premier défi de la saison dans le Giro. À quelque distance des eaux hantées jadis par les «barbaresques», Pantani ouvre samedi à Agrigente (Sicile) un nouveau chapitre de sa carrière. Cette fois, il se présente en tenant du titre, en homme fort d’un peloton dont il était jusqu’à l’an passé l’éternel malchanceux. Son doublé Giro-Tour de France de l’année passée a changé toute la perspective. Pantani est devenu une légende victorieuse et non plus seulement malheureuse après ses accidents à répétition. Dans la tempête qu’affronte son sport, il a offert l’image du grimpeur surdoué qui réinstalle le cyclisme dans son histoire. Charly Gaul lui-même l’a adoubé et l’Italien a souvent fait référence au champion luxembourgeois, qui a tant marqué les esprits à la fin des années 1950. Très populaire au-delà des frontières, l’Italien a accédé au statut de star dans son pays. Les organisateurs du Giro, bien qu’ils s’en défendent, ont conçu un parcours qui lui convient. Leurs homologues de la Vuelta, eux aussi, ont durci leur course. Seul, le Tour de France n’a pas suivi et le Romagnol, mécontent, a mis sa participation entre pointillés. Sa venue en France est conditionnée par le déroulement du Tour d’Italie et par son état de fatigue à la fin de l’épreuve. Le précédent Indurain Pour l’heure, le Giro occupe toutes ses pensées. «C’est le grand objectif de la saison», a déjà déclaré Beppe Martinelli, son directeur sportif de Mercatone Uno. Pantani a donc suivi une préparation sensiblement identique à celle de l’année passée. Avec 26 jours de course (27 en 1998) et trois victoires de second ordre à son actif. Par-dessus tout, Pantani s’est signalé dans Milan-San Remo, la première «classique» de la saison en mars dernier. Il a attaqué dans le Cipressa et le cœur des «tifosi» s’est emballé subitement. L’offensive a tourné court mais Pantani a donné des gages pendant quelques minutes de folie. Pour tous, le divin chauve de Cesenatico est apparu toujours aussi percutant ! Les semaines suivantes ont été moins favorables. Une chute à la Semaine Catalane, fin mars, a contrarié son programme et l’Italien a préféré faire l’impasse sur les classiques ardennaises en avril. Sa troisième place au Tour du Trentin, une épreuve de préparation, l’a remis toutefois sur la bonne trajectoire. C’est un vrai leader qui s’apprêtait, jeudi, à partir pour la Sicile, par un avion privé mis à sa disposition par une entreprise. «Sa» course l’attend désormais, lui qui aura le privilège de faire étape le 25 mai dans sa bonne ville de Cesenatico. Les augures rappelleront que le champion espagnol Miguel Indurain, à qui les organisateurs du Tour avaient voulu rendre pareil hommage à Pampelune en 1996, avait subi cette année-là un cuisant échec. Mais l’histoire, paraît-il, ne se répète jamais exactement. L’Italie du sud au nord Le Giro, long de 3 757 kilomètres, visite cette année l’Italie du sud au nord, de son point de départ dans la ville sicilienne d’Agrigente, samedi, à l’arrivée à Milan le 6 juin. Les organisateurs ont tiré profit du relief montagneux de la péninsule pour dessiner un parcours accidenté, avec cinq arrivées au sommet et un «final» grandiose. À elle seule, l’avant-dernière étape propose le Gavia et le Mortirolo, deux cols de légende qui effrayent même les grimpeurs ! Dès la première semaine, la hiérarchie de cette édition doit commencer à se dessiner. Après le départ majestueux d’Agrigente, près des temples antiques, la première arrivée au sommet intervient dès la cinquième étape (Monte Sirino) au sortir de la Calabre. La course remonte ensuite vers l’Adriatique, s’arrête une seule fois pour une journée de repos et sillonne ensuite le nord du pays, d’ouest en est, des Alpes aux Dolomites. Avec une alternance d’étapes courtes et longues, l’épreuve ménage temps forts et parcours de transition favorables aux routiers-sprinteurs et aux baroudeurs. Les rouleurs, eux, disposent de deux contre-la-montre d’un kilométrage total de 77 kilomètres, le second à Trévise dans la ville qui accueillera le championnat du monde de la discipline en octobre prochain. Mais le dernier mot doit rester aux grimpeurs qui bénéficient pour finir de trois étapes à leur entier avantage dans la dernière semaine. À tel point que le roi des sprinteurs, l’Italien Mario Cipollini, s’était fendu d’une boutade, volontairement excessive, lors de la présentation en novembre dernier : «Plus qu’un Tour d’Italie, c’est un Tour des stations de ski !» Les principales difficultés Voici par ailleurs les principales difficultés du Giro 1999 (entre parenthèses, l’altitude et la pente moyenne) : 5e étape (Monte Sirino) : Monte Sirino (1 525 m, 3,5 %), arrivée 8e étape (Gran Sasso) : Valico di Monte della Selva (1 235 m, 5,15 %) Ovindoli (1 379 m, 5,35 %) Gran Sasso d’Italia (2 130 m, 5,65 % puis 9,83 %), arrivée 14e étape (Borgo San Dalmazzo) : Colletto di Rossana (617 m, 6,76 %) Montemale (931 m, 7,53 %) Colle Fauniera (2 511 m, 8,55 %) Madonna del Colletto (1 304 m, 7,58 %) 15e étape (Oropa) : Sanctuaire d’Oropa (1 180 m, 8,4 %), arrivée 19e étape (Alpe di Pampeago) : Cima di Campo (1 427 m, 5,90 %) Passo Manghen (2 047 m, 7,60 %) Alpe di Pampeago (1 760 m, 9,57 %), arrivée 20e étape (Madonna di Campiglio) : Ballino (755 m, 6,95 %) Madonna di Campiglio (1 520 m, 5,75 %), arrivée 21e étape (Aprica) : Passo del Tonale (1 883 m, 6,20 %) Passo di Gavia (2 621 m, 7,88 %) Passo del Mortirolo (1 852 m, 10,32 %) Valico di Santa Cristina (1427 m, 8,80 %).
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