Les ministres de l’Environnement des Quinze ont décidé à Weimar, en Allemagne, de placer l’industrie devant ses responsabilités face aux substances chimiques dangereuses et ont affiché pendant le week-end leur volonté de plus d’efficacité et de transparence dans le contrôle des produits. Pour la présidence allemande de l’UE, à l’initiative de la réunion, la politique européenne des produits chimiques doit désormais progresser sur trois points: accélérer les procédures d’évaluation du risque des substances, améliorer l’accès des pouvoirs publics à l’information et développer la sécurité des produits. «L’industrie doit s’engager davantage que jusqu’à présent», résument les conclusions de la présidence. «Nous sommes préoccupés par les connaissances qui comportent des lacunes dont nous continuons à pâtir dans notre vie quotidienne», a souligné à l’issue de la réunion Jürgen Trittin, ministre allemand de l’Environnement. La mise en œuvre d’une politique de prévention des risques des substances chimiques se heurte à un obstacle de taille : la lenteur des études d’évaluation. Du coup, l’UE tarde à réagir lorsque des dangers nouveaux apparaissent, comme par exemple dans la dernière période avec le cas des phtalates, des plastiques mous utilisés dans la fabrication de jouets d’enfants, qui pourraient se révéler toxiques. Selon la Commission européenne, sur plus de 100 000 substances chimiques existantes, il conviendrait d’en évaluer de 1 000 à 3 000 qui sont largement utilisées et susceptibles de présenter des risques. Certains produits sont responsables de cancers, maladies respiratoires, allergies ou problèmes de fertilité. Les substances chimiques sont désormais totalement présentes dans la vie quotidienne, de l’alimentation aux produits de nettoyage, avec un impact potentiel sur la santé humaine comme sur l’environnement. Mais depuis 1993, sur 110 produits chimiques classés prioritaires du point de vue risque, 19 seulement ont fait l’objet d’une étude complète. Les associations environnementales critiquent aussi bien la complexité des procédures que l’obstruction des industriels. À l’occasion de la réunion de Weimar, l’organisation écologiste Greenpeace a lancé une campagne demandant l’interdiction des substances non étudiées. Les autorités européennes ont toujours affirmé vouloir trouver un équilibre, en tenant compte du poids économique des industries chimiques. Mais aujourd’hui, la mobilisation croissante de l’opinion publique sur les dangers des substances chimiques pourrait amener à des décisions plus radicales. Parmi les options présentées par l’Allemagne, une obligation légale pourrait être imposée aux industriels de notifier les utilisations, les quantités produites et la composition de leurs préparations. Jürgen Trittin a jugé désormais nécessaire «un arbitrage entre la protection de la santé et le secret commercial». Une autre possibilité serait d’introduire une responsabilité légale des fabricants qui devraient prendre des engagements sur la sécurité de leurs produits quant à la santé humaine et l’environnement. Une proposition sera soumise au prochain Conseil des ministres de l’Environnement, les 24 et 25 juin à Luxembourg. Au cours de leur réunion, les ministres se sont par ailleurs accordés sur la nécessité d’une stratégie globale en faveur de produits et services plus écologiques. Ils se sont également mis d’accord sur une position commune de l’UE sur la réduction des émissions de CO2, conformément aux engagements de Kyoto, et une proposition en ce sens sera soumise au sommet européen de Cologne.
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