Des milliers de Tchétchènes étaient bloqués hier à la frontière entre l’Ingouchie et la Tchétchénie, au poste ingouche de Kavkaz, attendant depuis des heures dans l’espoir de voir s’ouvrir la frontière fermée depuis une semaine par les forces russes. Ils sont 5 à 7 000, arrivés sur place à la suite de rumeurs sur la réouverture de la frontière, hermétiquement fermée depuis le 23 octobre. Certains d’entre eux veulent retourner en Tchétchénie, ne supportant plus les difficiles conditions de vie en Ingouchie. Mais la plupart sont venus pour accueillir des proches fuyant à leur tour la Tchétchénie. Quelques milliers de voitures, camions, autocars et des milliers de personnes à pied se pressaient sous la pluie et dans le froid devant le poste, toujours fermé en fin de matinée. «A priori, il n’y a pas à attendre d’ouverture de la frontière aujourd’hui», a déclaré un député du Parlement ingouche, Azamat Nalguiev, qui s’occupe des réfugiés tchétchènes. Quelque 173 000 Tchétchènes ont trouvé refuge dans la république voisine d’Ingouchie (340 000 habitants) pour fuir les bombardements russes depuis le 5 septembre et l’intervention terrestre lancée le 1er octobre par Moscou. Le président ingouche Rouslan Aouchev a souligné jeudi dans une conférence de presse à Moscou l’insuffisance de l’aide apportée par le gouvernement russe à ces réfugiés et mis en garde contre le risque d’une catastrophe humanitaire. «Nous ne pouvons plus rester en Ingouchie. Beaucoup d’entre nous veulent rentrer en Tchétchénie. Nous préférons périr sous les bombardements chez nous que mourir lentement de froid et de faim ici», déclare Nourdin Magomadov, qui attend en vain depuis le matin. Derrière des sacs de sable et des blocs de béton, des soldats russes armés surveillent la frontière administrative avec la Tchétchénie. Aucun ne veut répondre à la question répétée inlassablement : «Quand la frontière va-t-elle s’ouvrir ?». «Cela fait maintenant une semaine qu’on nous affirme que l’on va ouvrir un corridor humanitaire au poste de Kavkaz. Pourquoi nous traite-t-on ainsi», lance un homme excédé. Asia, une femme de 48 ans, espère que les militaires vont finir par la laisser passe : «Mon père est resté en Tchétchénie. Il est malade et ne peut pas marcher. Je dois aller le chercher». Magomed, 42 ans, au volant d’un mini-bus, attend de retrouver des proches, qui sont de l’autre côté de la frontière, du moins l’espère-t-il : «Il y a des enfants avec eux, qui ne supportent plus les bombardements, je dois les récupérer», assure-t-il. Les forces russes ont affirmé que la fermeture de la frontière était justifiée par des impératifs de sécurité, des terroristes pouvant s’infiltrer dans le flot des réfugiés. Les autorités russes promettent depuis plusieurs jours d’ouvrir «prochainement» des corridors humanitaires pour permettre à ceux qui souhaitent fuir la Tchétchénie de se réfugier dans les républiques voisines d’Ingouchie, d’Ossétie du Nord et du Daghestan, ainsi que dans la région de Stavropol.
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