Maurice Papon, qui a servi au sommet de tous les régimes en France de la collaboration avec les nazis au gaullisme, est l’un des deux Français à avoir été condamné pour complicité de crime contre l’humanité sous l’occupation allemande. Pour ne pas aller en prison, il a préféré, à 89 ans, prendre la fuite plutôt que d’accepter la sentence d’avril 1998 le condamnant à 10 ans de réclusion criminelle pour sa participation à l’extermination des juifs en France occupée. Cet homme a connu, après la guerre, en se prévalant d’un passé de résistant, les honneurs de la République avant d’être rattrapé, au faîte de sa carrière, par son passé de haut fonctionnaire du régime de Vichy qui collaborait avec l’occupant allemand. Fils de notaire, né en 1910 à Gretz-Arminvilliers (près de Paris), où il résidait, Maurice Papon a été un étudiant brillant, diplômé en droit, en économie et en sciences politiques. Le jeune Papon, de tendance radical-socialiste (centre gauche), occupe plusieurs postes dans les cabinets du Front populaire. Mobilisé en Syrie en 39-40, il ne revient en France qu’après l’armistice et devient secrétaire général de préfecture à Bordeaux (sud-ouest), en zone occupée, en juin 1942. Il connaît alors une promotion rapide. Après la guerre, Maurice Papon poursuit une carrière exemplaire dans l’administration des colonies françaises (Algérie, Maroc) et en Corse avant de devenir, neuf ans durant, préfet de police de Paris. Il sera notamment tenu responsable de la répression meurtrière de militants indépendantistes algériens. Le 17 octobre 1961, des dizaines de manifestants algériens périront après avoir été jetés dans la Seine par les forces de l’ordre. Après 1966, il entame une carrière politique comme député du parti de l’ancien chef de la France libre, le général Charles de Gaulle. En 1978, il devient ministre du Budget dans le gouvernement de Raymond Barre. C’est à ce poste, en 1981, qu’il est rattrapé par la justice. Entre les deux tours de l’élection présidentielle qui amènera la gauche au pouvoir, le journal d’investigations Le Canard Enchaîné publie des documents qui l’accusent. Lors de son procès qui s’ouvre en 1997, Maurice Papon, toujours vif et agile intellectuellement, plaidera non coupable, s’honorant face à ses accusateurs «d’avoir toujours protégé la communauté israélite». Au cours de ce procès qui dura six mois, coûta 15 millions de francs (2,4 millions d’euros) et auquel il participera assidûment, il nia toujours sa responsabilité directe et personnelle dans les rafles et dans l’organisation de huit convois ayant mené 1 560 juifs de Bordeaux vers les camps de la mort entre 1942 et 1944. La cour d’assises de la Gironde le reconnaîtra coupable de complicités de crimes contre l’humanité et le condamnera à dix ans de prison en raison de sa responsabilité hiérarchique sur les questions juives et de documents signés de sa main lors de l’organisation des convois de déportation. Avant Maurice Papon, c’est un ancien responsable de la milice de Lyon (centre-est), Paul Touvier, qui avait été condamné à la prison à vie le 20 avril 1994, pour avoir fait fusiller sept hommes juifs, en juin 1944, en représailles à l’assassinat par la résistance du ministre de l’Information Philippe Henriot. Touvier avait été arrêté le 24 mai 1989, après 17 ans de traque policière. Il est mort en prison le 17 juillet 1996, à l’âge de 81 ans.
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