Promis par le gouvernement israélien à une évacuation imminente, les jeunes colons juifs installés dans une colonie sauvage au sud de Hébron, en Cisjordanie, continuaient hier à construire comme si de ne rien n’était. Plusieurs d’entre eux s’affairaient à installer des panneaux en bois sur une dalle de béton censée devenir dans la journée une synagogue à l’occasion d’une cérémonie au cours de laquelle les livres de la Torah (la Bible) devaient être introduits dans ce bâtiment de fortune. «C’est notre manière symbolique de dire que cette terre est sacrée et que nous ne l’abandonnerons jamais», explique la porte-parole de cette implantation sauvage, Malki Sonnenfeld, qui ne laisse pas les journalistes approcher des colons «pour ne pas les déranger en ce jour si important». Considérée comme illégale par le gouvernement du Premier ministre Ehud Barak, qui est décidé à terminer l’opération de démantèlement au plus tard dans deux à trois semaines, cette minicolonie se situe à environ 800 mètres de Maon, la colonie «mère», créée il y a 16 ans, qui abrite quelque 400 habitants. Elle se situe à l’emplacement même où l’un des colons de Maon, Dov Driben, avait été tué en avril 1998 par des Palestiniens lors d’un conflit sur la propriété de terrains. Selon les Palestiniens, ce colon et deux autres de ses camarades entendaient empêcher la transhumance de troupeaux de moutons. Cette «extension» de Maon fait partie des 10 colonies sauvages devant en principe être évacuées dans les prochains jours, aux termes d’un accord conclu le 13 octobre entre M. Barak et le conseil des implantations de Judée-Samarie (Cisjordanie) et de Gaza, la principale organisation de colons. Selon cet accord, le conseil doit se charger lui-même du démantèlement de ces dix colonies sauvages, dont cette extension de Maon. La première, sans habitant et constituée d’un simple château d’eau au sommet d’une colline du nord de la Cisjordanie, a été démantelée mardi soir à la faveur de la nuit. Mais Maon est le bastion de «la Génération de l’avenir», une nouvelle organisation regroupant de jeunes colons religieux intransigeants qui dénoncent les «concessions» faites par leurs aînés du conseil. Sur place, quatre familles, «avec quatre bébés», et cinq célibataires se sont installés dans une «ferme» en dur près de laquelle se dressent trois maisons mobiles et quelques tentes d’habitation. Une modeste écurie et quelques chèvres complètent ce paysage désertique et grandiose, avec au loin, à l’est, la Jordanie. «Tout a été fait dans la légalité», assure Mme Sonnenfeld, en admettant toutefois que la colonie se situe sur un terrain réservé à des exercices de tirs de l’armée israélienne. «Nous finirons bien par trouver une solution légale avec le gouvernement», assure-t-elle, confiante. Selon elle, «Ehud Barak n’a pas le choix». «Il se devait de jeter un os aux goys (non-juifs), aux Américains et aux Palestiniens pour faire bonne figure, ce qui ne l’a pas empêché de légaliser des dizaines de points de peuplement en Judée-Samarie», poursuit Mme Sonnenfeld, qui croit en «la sincérité de l’attachement du Premier ministre à la colonisation». En décidant l’évacuation de 10 des 42 points de peuplements sauvages créés depuis environ un an en Cisjordanie, M. Barak a, de fait, légalisé les 32 autres. Il a aussi proclamé qu’il continuerait à développer les implantations existantes, notamment celles qu’il souhaite annexer à Israël dans le cadre d’un accord sur le statut final des territoires palestiniens occupés. Selon Mme Sonnenfeld, «il ne devrait pas y avoir de violence entre juifs» si l’armée est envoyée pour évacuer cette extension de Maon. «Il y aura des pleurs, des protestations, une grande tristesse», prévoit-elle. Mais cette femme d’une trentaine d’années n’exclut pas non plus «des actes désespérés que des marginaux pourraient commettre pour exprimer leur détresse» et conseille au gouvernement «de tenir compte de cette hypothèse avant de prendre la moindre décision».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Promis par le gouvernement israélien à une évacuation imminente, les jeunes colons juifs installés dans une colonie sauvage au sud de Hébron, en Cisjordanie, continuaient hier à construire comme si de ne rien n’était. Plusieurs d’entre eux s’affairaient à installer des panneaux en bois sur une dalle de béton censée devenir dans la journée une synagogue à l’occasion d’une cérémonie au cours de laquelle les livres de la Torah (la Bible) devaient être introduits dans ce bâtiment de fortune. «C’est notre manière symbolique de dire que cette terre est sacrée et que nous ne l’abandonnerons jamais», explique la porte-parole de cette implantation sauvage, Malki Sonnenfeld, qui ne laisse pas les journalistes approcher des colons «pour ne pas les déranger en ce jour si important». Considérée comme illégale...