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Actualités - Chronologie

Naguib Mahfouz, le Pakistan et l'Internet (photo)

À 87 ans, l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature 1988, continue de tenir salon chaque semaine au bord du Nil et passe l’actualité au crible, du coup d’État au Pakistan au nouveau prix Nobel de chimie, décerné à un compatriote. «Je l’avais prévu», explique le plus grand écrivain Égyptien, un sourire éclairant son maigre visage, en commentant avec ses amis le Nobel de chimie 1999, qui revient à l’Égyptien naturalisé américain Ahmed Zewail. «Il y a quelques années, je l’avais félicité dans “al-Ahram” (un grand quotidien du Caire), car il venait de recevoir un prix aux États-Unis, et j’avais prédit qu’il aurait un jour le prix Nobel. Je suis très heureux, car c’est le Nobel dans une discipline scientifique, et cela veut dire que nous vivons, que l’Égypte vit avec son époque», poursuit-il alors que s’installent autour invités et amis, pour la traditionnelle causerie hebdomadaire. Rien de formel lors de ces discussions dans un restaurant flottant de la Corniche, où le vieil homme étonne à chaque fois par sa parfaite connaissance de l’actualité, explique un habitué, le journaliste et écrivain Ali Choubachi. Atteint par l’âge, malvoyant, Naguib Mahfouz a été victime en 1994 d’un coup de couteau à la carotide porté par un intégriste. À l’entrée du restaurant, quatre policiers montent la garde. Capuchon d’or Assis bien droit dans un fauteuil, le regard fixe derrière de larges lunettes cerclées de noir, chemise ouverte et costume croisé beige, l’écrivain doit porter une attention extrême à ses interlocuteurs, qui se relayent près de son oreille gauche, celle qui entend le moins mal. Mais la réponse vient toujours d’une voix forte, et les plaisanteries ne sont pas rares, en commentant l’actualité de la semaine. Le coup d’État au Pakistan serait-il motivé par le conflit au Cachemire, et qu’en est-il de ce tremblement de terre, lundi en Égypte, que, comme beaucoup de Cairotes, il n’a pas ressenti. «Il est vrai que j’habite au premier étage», conclut-il, cherchant une cigarette dans un paquet de Kent. Un écrivain et ami, Zaki Salem, raconte le potin politico-littéraire du jour : des islamistes ont décidé de lancer un site sur l’Internet, et ils ont longuement débattu sur l’opportunité d’accepter des femmes dans leur groupe. «Vous imaginez, se poser une question pareille, à l’ère de l’Internet», ironise l’auteur des Enfants de notre quartier, le livre qui avait attiré la colère intégriste. Les islamistes ? «Pourquoi ne seraient-ils pas autorisés en Égypte, s’ils renoncent à la violence ?», se demande-t-il. La paix au Proche-Orient ? «Ça aboutira un jour, et il y aura un État palestinien. Mais la question est de savoir si ce sera un véritable État». Zaki Salem cède la place à un ingénieur, qui vient lire à l’oreille du maître une protestation qu’il a adressée au journal al-Akhbar, face au projet du compositeur Jean-Michel Jarre de coiffer une pyramide d’un «capuchon d’or», pour son spectacle son et laser du millénaire. L’écrivain donne son avis, et sur tous les sujets, fait entendre sa voix. «Je ne peux plus lire depuis dix ans», explique-t-il, précisant qu’il publie régulièrement de «petits encadrés politico-littéraires» dans la presse égyptienne. Suivi par un kinésithérapeute, il a recommencé à écrire un peu, mais, ajoute-t-il, «le problème, c’est les yeux».
À 87 ans, l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature 1988, continue de tenir salon chaque semaine au bord du Nil et passe l’actualité au crible, du coup d’État au Pakistan au nouveau prix Nobel de chimie, décerné à un compatriote. «Je l’avais prévu», explique le plus grand écrivain Égyptien, un sourire éclairant son maigre visage, en commentant avec ses amis le Nobel de chimie 1999, qui revient à l’Égyptien naturalisé américain Ahmed Zewail. «Il y a quelques années, je l’avais félicité dans “al-Ahram” (un grand quotidien du Caire), car il venait de recevoir un prix aux États-Unis, et j’avais prédit qu’il aurait un jour le prix Nobel. Je suis très heureux, car c’est le Nobel dans une discipline scientifique, et cela veut dire que nous vivons, que l’Égypte vit avec son...