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Actualités - Chronologie

Bleuette, l'aïeule(photos)

Cinquante-cinq ans durant, la mode «juniors» était régentée par Bleuette. Bleuette était la poupée «pin-up» de La Semaine de Suzette, nourriture spirituelle de plusieurs générations de petites et moins petites filles francophones. La garde-robe de Bleuette dictait les formes, les couleurs, les accessoires, mais aussi le maintien et la conduite de milliers de petites filles en fleurs. Bleuette n’était pas une poupée-mannequin. Les enfants pouvaient jouer et s’amuser avec elle en l’habillant ou la déshabillant, la dorlotant, lui confiant aussi leurs secrets et leurs peines. Les mamans s’inspiraient de sa garde-robe, riche et variée, pour habiller leurs filles, à une époque où la mode enfantine était une notion inconnue. Bleuette était née en France en 1905. Au moment du lancement du premier magazine pour fillettes, La Semaine de Suzette, Bleuette était offerte en prime contre un abonnement annuel. L’année suivante, le journal s’est chargé à lui créer des vêtements... Ce fut le point de départ d’un fulgurant succès pour Bleuette et ses nippes. Chaque semaine, une série de modèles habillait non seulement la poupée aux pieds nus mais les lectrices de la revue aussi. Chaque six mois, une nouvelle collection complète dictait la mode et donnait le ton du semestre qui allait suivre. Et ceci jusqu’à 1960! Les annonces publicitaires du journal se chargeaient de maintenir vif l’intérêt. «Bleuette suit la mode», proclamaient-elles. L’héroïne, avec le temps, apprit à jouer pleinement le jeu. Elle devint infirmière en 1914, aviatrice un peu plus tard. Au moment de la grande exposition coloniale de Paris, en 1931, elle adopta Bamboula, le petit Africain, comme compagnon de jeux. Il a fallu donc inventer un trousseau pour lui aussi. Un trousseau de garçon, bien entendu, ce qui élargissait les perspectives de vente du journal. Mais les temps évoluaient et il faut absolument les suivre... Bleuette se mit donc au tennis, à la natation, au ski, à l’équitation, à la danse. Chaque sport a eu droit à une batterie d’habits, vendus sur catalogue ou dans les bureaux des éditions Gautier-Languereau, parents autant de Bleuette que de La Semaine de Suzette. À partir de 1916, des patrons, confectionnés par des couturières professionnelles, se mirent à paraître dans la revue ainsi que les vêtements fabriqués à la maison, selon les patrons publiés, par des mamans aimantes! Les tirages de La Semaine de Suzette atteignirent alors des sommets inimaginables pour l’époque. Aujourd’hui, les collectionneurs déboursent une fortune pour des modèles originaux des années 30 et 40 (meilleurs crus) portés par l’héroïne aux yeux bleus. Une paire de ses chaussures coûte plus de 200 dollars et le manteau, accompagné du chapeau qui complète la tenue, dépasse les 600 dollars, à condition d’être en parfait état! La poupée certes n’est pas inclue à ces prix. La dernière vente aux enchères de deux collections de poupées et habits a eu lieu à Chartres, en mars 98. Et plus le temps passe, plus Bleuette et ses reliques acquièrent de la valeur. La cosmique concurrence de Barbie et de sa nombreuse famille a beau multiplié effets et campagnes publicitaires. Bleuette, la Claudia Schiffer junior de l’entre les deux guerres, reste la reine du souvenir et l’aïeule de la mode enfantine... Sa valeur grimpe, mais autant elle que ses habits deviennent rares. Si donc par hasard on possède un exemplaire de cette glorieuse nonagénaire, mieux vaut s’assurer qu’il est en bonne garde. Un trésor est si vite perdu...
Cinquante-cinq ans durant, la mode «juniors» était régentée par Bleuette. Bleuette était la poupée «pin-up» de La Semaine de Suzette, nourriture spirituelle de plusieurs générations de petites et moins petites filles francophones. La garde-robe de Bleuette dictait les formes, les couleurs, les accessoires, mais aussi le maintien et la conduite de milliers de petites filles en fleurs. Bleuette n’était pas une poupée-mannequin. Les enfants pouvaient jouer et s’amuser avec elle en l’habillant ou la déshabillant, la dorlotant, lui confiant aussi leurs secrets et leurs peines. Les mamans s’inspiraient de sa garde-robe, riche et variée, pour habiller leurs filles, à une époque où la mode enfantine était une notion inconnue. Bleuette était née en France en 1905. Au moment du lancement du premier magazine pour...