L’universalité des droits de l’homme peut-elle être compatible avec les différences entre les cultures ? Quel est le rôle des ONG nationales dans la défense des droits de l’homme ? C’est sur ces thèmes que se déroule la session de formation pour ONG locales organisée par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), en collaboration avec deux associations libanaises, l’Association libanaise des droits de l’homme (ALDHOM) et la Fondation des droits de l’homme et du droit humanitaire/ Liban (FHHRL). La session organisée avec le soutien de l’Union européenne (UE), et qui compte un nombre restreint de participants, se déroule jusqu’au 2 octobre à l’hôtel Holiday Inn, au centre Dunes. La FIDH a déjà organisé trois autres séminaires en Égypte, au Maroc et à Gaza. Les séances du premier jour ont principalement porté sur la présentation du système international de protection des droits de l’homme (notamment la Déclaration universelle et autres instruments internationaux auxquels la société civile peut avoir recours et qui jouent un rôle de contrôle, bien qu’avec des limites). De même, la compatibilité de l’universalité des droits de l’homme avec la différence des cultures, dans ses divers aspects, a fait l’objet de conférences suivies de débats. Enfin, les discussions sur le partenariat euro-méditerranéen et les droits de l’homme ont été axées sur la Déclaration de Barcelone qui engage les États membres à adopter des principes en relation avec le respect des droits de l’homme. La séance inaugurale a comporté plusieurs allocutions. M. Patrick Baudouin, président de la FIDH, a rappelé que «la Déclaration de Barcelone (1995) signée par les pays méditerranéens les engage à développer la démocratie et l’état de droit chez eux». Il a poursuivi : «Cette réunion va nous permettre, avec nos deux organisations partenaires, de réfléchir à un certain nombre de problèmes». «Malheureusement, a-t-il constaté, l’état de démocratie dans les pays arabes laisse à désirer. On ne peut ignorer la réalité du Liban et sa différence. Mais il reste beaucoup à faire, notamment pour libérer les Libanais encore détenus en Syrie et en Israël. Nous connaissons les difficultés du pays, mais il faut trouver une voie pour sortir définitivement des années de crise et améliorer les conditions de détention souvent problématiques». Pour sa part, M. Dimitri Kourkoulas, représentant de l’UE au Liban, a insisté sur l’importance du respect des droits de l’homme dans la politique de l’UE. «L’État européen qui est accusé de violer les droits de l’homme voit certaines de ses prérogatives suspendues», a-t-il affirmé. Il a précisé que «toute aide financière ou assistance technique offerte par l’UE à un pays méditerranéen comportera une clause engageant le pays en question au respect des droits de l’homme». Mme Joyce Tabet, qui représentait le ministère de la Justice, a considéré, quant à elle, que «la diversité culturelle et l’uniformité des droits de l’homme ne sont pas incompatibles». C’est M. Waël Kheir, président de la FHHRL, qui a pris la parole ensuite, détaillant les points faibles et forts des associations de droits de l’homme au Liban. Les premiers pourraient être résumés ainsi : les mouvements religieux qui se désintéressent de cette cause, le flou des relations entre ces ONG et les autorités, les menaces et les accusations arbitraires lancées par les autorités à l’encontre des militants. Quant aux points forts, selon M. Kheir, ils sont les suivants : l’appui du peuple libanais à ces associations, l’ouverture du Liban sur les moyens de communication électroniques, le jumelage des ONG libanaises avec des organisations internationales, le baptême de feu qu’ont connu les militants. Enfin, Mme Leila Harb, vice-présidente de l’ADHOM, a judicieusement remarqué que «la distance entre les accords internationaux signés et les pratiques dans le pays est toujours très grande, non seulement parce que les gouvernements feignent d’ignorer leur application mais parce que la société en général ne connaît pas ses droits». Elle a dénoncé la politique des deux poids deux mesures de la communauté internationale, ajoutant : «Vous voulez faire du bassin méditerranéen, à travers le partenariat euro-méditerranéen, une région de dialogue et de civilisation». «Nos ambitions ne sont pas moins importantes que les vôtres, mais nous exigeons dans le même temps une paix juste, une stabilité et une prospérité basées sur la justice», a-t-elle dit.
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