Surpopulation, pollution et réforme de l’État providence : cinquante ans après leur arrivée au pouvoir, les communistes sont confrontés à des défis majeurs qui déstabilisent leurs appuis traditionnels dans le monde paysan et ouvrier. «Les défis sont énormes : ils vont de l’équilibre entre la population et l’espace au succès de la modernisation économique, en passant par le développement des moyens de transport», relève Jean-Pierre Cabestan, directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine à Hong Kong. Pour loger et nourrir une population qui atteignait 1,248 milliard d’habitants l’an dernier et plafonnerait à 1,6 milliard en 2040, la Chine devra compenser la diminution régulière des terres arables par une productivité accrue ou un recours massif aux importations agricoles. Mais elle devra surtout commencer à se préoccuper des dommages qu’elle cause à l’environnement, alors que le succès de sa transition vers l’économie de marché n’est pas encore assuré. «La protection de l’environnement est de loin le problème le plus grave qui se pose à la Chine, avec une pollution de l’eau qui atteint des proportions dramatiques, juste avant la pollution atmosphérique», commente Zhang Jilian, de l’organisation non-gouvernementale «Les amis de la nature». Du déboisement aux pluies acides, en passant par la pollution des cours d’eau et la présence de plusieurs villes dans le «top-ten» des cités les plus polluées du monde, le bilan écologique de vingt ans de croissance économique accélérée est accablant. Selon un rapport publié l’an dernier par la Banque mondiale, près de 180 000 citadins chinois meurent prématurément chaque année à cause de la pollution. Malgré l’adoption d’un impressionnant arsenal juridique, peu de pollueurs ont été sanctionnés dans un pays gangrené par la corruption, un autre sujet majeur de préoccupation des Chinois. «Même si les dirigeants sont honnêtes, le pouvoir aura du mal à faire le ménage sans démocratisation du régime», note M. Cabestan, en soulignant une aggravation du «délitement de l’État». Ce phénomène se traduit par l’appropriation d’une partie importante des biens publics par les cadres corrompus, comme le développe l’économiste He Qinglian dans un livre intitulé Les pièges de la modernisation chinoise. Mais juste après la corruption, les Chinois, pendant longtemps assurés d’avoir un emploi à vie, redoutent désormais le chômage, l’une des principales conséquences des réformes lancées par le régime. Le succès de la transition vers l’économie de marché, engagée par le patriarche Deng Xiaoping à la fin des années 1970 et qui s’est traduite par une hausse sans précédent du niveau de vie, est aujourd’hui largement lié à celui de la délicate réforme des entreprises d’État déficitaires. Cette réforme, qui a commencé à se traduire par des dizaines de millions de licenciements, se heurte à de sérieuses résistances, tant au sein d’une population qui ne dispose encore pratiquement d’aucune protection sociale, qu’au sein des milieux dirigeants, mal préparés à affronter des réformes d’une telle ampleur. Même les 800 millions de paysans, pourtant les premiers à profiter de la décollectivisation, commencent à perdre patience. Écrasés d’impôts et soumis à l’arbitraire de cadres corrompus, ils n’hésitent plus à organiser des manifestations lorsque la pression est trop forte. Mais d’autres hypothèques pèsent sur l’avenir : le règlement du problème de Taïwan, l’attitude des autorités face aux séparatistes tibétains et ouïgours, mais surtout face à la démocratisation du régime. Et à la question «la Chine pourra-t-elle encore longtemps maintenir un régime autoritaire», les réponses varient, allant d’un non catégorique des dissidents à des réponses plus nuancées de la plupart des experts occidentaux.
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