Conformément à la décision des chefs d’État et de gouvernement de la francophonie prise à Hanoi (1997) de s’intéresser particulièrement à la jeunesse, le huitième sommet de Moncton (Canada) qui s’est déroulé récemment a invité 15 jeunes, dont une Libanaise Joyce Liyan, à présenter aux chefs d’État et de gouvernement leurs recommandations. Dans cette perspective, ces jeunes se sont réunis à plusieurs reprises, durant toute une année, afin de préparer cette rencontre et de débattre de leurs aspirations, de leurs attentes et de leurs préoccupations. Liyan a fait une sorte de bilan-réflexion (que nous publions ci-dessous) des préparatifs et de la rencontre. Dans de nombreux pays francophones, des concertations sont organisées à l’échelle nationale. En février 1999 la «Concertation internationale des jeunes» de Bamako (Mali) a réuni pour la première fois des jeunes venus des quatre coins de l’espace francophone. C’est la première rencontre internationale, celle de la mise en commun des différentes préoccupations et recommandations des jeunes. Le mois suivant a eu lieu une rencontre plus médiatique, plus politique aussi, lors du «Rassemblement de la jeunesse francophone» de Genève. En mai, a lieu la dernière consultation qui sera la plus technique. Il s’agit du «Forum jeunesse francophone international» qui se tiendra simultanément au Canada et au Burkina Faso. Deux jeunes Libanais, Roger Zehil étudiant en architecture, et Joyce Liyan, étudiante en sciences politiques, ont participé à ces rencontres après avoir remporté le concours lancé par le secrétaire général de la francophonie, M. Boutros Boutros-Ghali. Durant ces concertations, les jeunes discuteront des nombreuses contraintes et difficultés qui peuvent empêcher leur épanouissement dans de nombreux pays francophones : difficulté d’accès à l’éducation de base, manque de mobilité au sein de l’espace francophone, faible diffusion des matériaux informatiques, chômages violation des droits les plus élémentaires tels le droit d’association et la liberté d’expression, enrôlement des adolescents et des enfants dans l’armée… Les jeunes vont aussi proposer des mesures concrètes qui les engagent et qui engagent aussi la francophonie afin de remédier autant que possible aux problèmes susmentionnés. Pour ceux qui se retrouvent à Moncton dès le 22 août ,la tâche se révèle plus complexe que d’habitude. Cette fois, ils doivent faire face à des hommes politiques, des diplomates habiles, difficiles à convaincre, mais aussi aux médias qui décèlent facilement tout signe de faiblesse oui tout manque de cohérence. De plus, ils se retrouvent, le temps d’un sommet, entre deux mondes souvent en conflit : d’un côté l’arène politique où le langage diplomatique et la souveraineté nationale sont primordiaux, de l’autre la société civile qui plaide pour le respect des droits de l’homme. Le 5 septembre 1999, les chefs d’État et de gouvernement émettent un communiqué final à travers lequel ils annoncent leur plan d’action pour les deux années à venir. Un programme sera mis en place, encourageant les échanges culturels, scolaires et universitaires, de stagiaires et de professionnels. Les chefs d’État et de gouvernement s’engagent aussi à «faciliter la maîtrise des technologies (...) et leur utilisation dans le plus grand nombre d’applications possibles au niveau scolaire». Ils encouragent «l’ensemble des pays à se doter des structures représentatives de la jeunesse». Le Fond d’insertion des jeunes (FIJ), qui a pour objectif la création d’emplois à travers le développement de l’esprit d’initiative des jeunes, sera renforcé et étendu à l’ensemble des pays de l’espace francophone. De plus, à chaque sommet de la francophonie, un volet sera dorénavant consacré à la jeunesse. Le plan d’action final a répondu de manière plus ou moins satisfaisante aux recommandations des jeunes, lesquelles se résumaient à Moncton en cinq grands titres : équivalence des diplômes ; équipement des établissements scolaires, centres de jeunes, en matériel informatique nécessaire : mise en œuvre des différents projets d’insertion des jeunes qui visent une formation professionnelle adaptée aux besoins du marché ; mise en place dans chaque pays de l’espace francophone d’un comité jeunesse qui leur permettrait d’agir positivement au sein de leur société ; maintien de ce processus de consultation de la jeunesse soit à travers la création d’un Parlement de jeunes, soit par la création d’un conseil international de la jeunesse francophone. Quel a donc vraiment été l’apport de ces jeunes au sein d’une francophonie qui se veut plus en plus politique mais qui se cherche encore ? Cette question semble actuellement sans réponse car ce n’est qu’au terme des deux ans à venir qu’un bilan pourrait être établi. À l’heure actuelle, un seul constat peut être fait : les jeunes ont leur mot à dire, surtout quand, peut-être, eux seuls peuvent allier rêve et créativité avec réalisme et finesse.
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