Plusieurs centaines de Moscovites, célèbres et anonymes, ont défilé hier devant la dépouille de Raïssa Gorbatchev pour se recueillir et rendre avec quelques fleurs un dernier hommage à l’épouse de l’ancien chef d’État soviétique, qui doit être inhumée aujourd’hui. «Elle a été la première First Lady pour nous», s’enflamme Vera Arsipovitch, 65 ans, qui fait la queue parmi quelques centaines de personnes pour entrer dans le vieux bâtiment néo-classique jaune du Fonds culturel russe que Mme Gorbatchev avait créé et où repose son corps, le visage découvert selon la tradition russe. «En Angleterre, ils ont eu Diana, qu’ils ont longtemps critiquée avant de l’aimer, nous, nous avons Raïssa, elle voulait le bien pour les gens et elle le faisait. C’était une femme bonne», ajoute Vera Arsipovitch. Lioudmilla, 35 ans, vêtue d’une grande cape noire au col de fourrure, pleure : «Avec elle c’est une époque pleine d’espoir qui s’en va. Au début je ne l’aimais pas, je l’ai critiquée comme tout le monde, mais j’ai eu tort et maintenant je le reconnais». Mme Gorbatchev, décédée lundi en Allemagne à 67 ans des suites d’une leucémie, était peu populaire en Union soviétique quand son mari était au pouvoir, où on lui reprochait son style trop «occidental» et ses goûts de luxe. Aujourd’hui où l’élégance «venue de l’Ouest» est de rigueur, ces griefs sont oubliés. «J’adorais cette femme pour son intelligence, elle m’a tout de suite plu, même avec tout ce qu’on a dit sur elle après», témoigne ainsi Macha Sergueevitch, retraitée. Valentina Souvorova et Nina Alexandrovna, toutes deux vêtues de noir, ont les larmes aux yeux : «Aujourd’hui, nous sommes venues dire adieu de tout notre cœur à une personne proche». «Nous ne la connaissions pas personnellement mais elle a été le symbole de notre époque, la première femme soviétique à être reconnue à l’étranger, toujours chic avec ce regard plein de bonté», expliquent-elles. «Avec elle, c’est un peu de notre vie qui s’en va». Parallèlement à la foule anonyme, élégante ou très simple, et au même titre que les amis et parents de la famille Gorbatchev, un certain nombre de personnalités sont venues saluer une dernière fois Raïssa. Le Premier ministre Vladimir Poutine est arrivé le premier le matin avant l’ouverture à la foule du bâtiment, suivi peu après de l’ancien chef du gouvernement Evgueni Primakov, l’air grave, portant lui-même une lourde gerbe de fleurs rouges et mauves. Et ensuite de la femme du président russe, Naïna Eltsine, et sa fille Tatiana. Tous sont venus adresser leur témoignage amical à l’ancien dirigeant soviétique, assis dignement à la droite du cercueil, avec sa fille Irina et sa belle-sœur, Lioudmilla, dont le visage rappelle celui de Raïssa. Les yeux fatigués, Mikhaïl Sergueïevitch ne laisse pourtant rien paraître de sa peine. Dans la vaste salle circulaire sombre où le cercueil noir cerné de fleurs a été déposé, l’émotion est d’autant plus grande. Un groupe de musiciens joue une musique solennelle. Les grand-mères en fichus, apportant une poignée de fleurs de jardin, comme les hommes en costume tenant gravement des œillets rouges ou des gerbes, ne parlent pas. Ils compatissent seulement avec la peine de l’époux endeuillé. «Il était si fière d’elle», témoignent Valentina et Nina. «Elle a très dignement représenté son pays et était pleine de tact pour les affaires intérieures», commente de son côté Egor Ligatchev, l’un des hauts responsables soviétiques farouchement opposé à la perestroïka de M. Gorbatchev. Raïssa rejoindra aujourd’hui les «grands» de l’histoire russe, dans le cimetière du monastère de Novodievitchie où elle sera inhumée. Sans cérémonie religieuse. Parmi les personnalités étrangères attendues, devraient être présents l’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher et l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl.
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