L’Armée de libération du Kosovo (UCK) a recours à des unités spécialisées dans la «chasse» aux Serbes, pratiquant méthodiquement l’intimidation et le meurtre, selon les révélations de deux de ses commandants, confirmées par la force de l’Otan (Kfor). «À partir du 21 juin, notre groupe composé de 7 hommes allait chez les Serbes de maison en maison et nous leur donnions entre 15 et 30 minutes pour s’enfuir. Puis arrivait l’équipe de nettoyage, 13 hommes, chargés de les exécuter», déclare un commandant d’une unité spéciale de l’UCK, de son nom de guerre «l’instituteur». «Les 13 autres, des vrais professionnels, obligeaient les Serbes à sortir de chez eux et partaient dans la mesure du possible les tuer dans un endroit discret. Mais s’ils résistaient, ils les abattaient sur place», poursuit cet ancien officier de réserve dans l’armée yougoslave. «Pristina, dit-il, a été séparée en 4 zones, chacune avec ses 4 unités qui continuent encore aujourd’hui à travailler. Nous opérons sur les quartiers est. Mais maintenant la tâche est plus difficile à cause de la Kfor qui protège les Serbes. Alors on va voir les voisins albanais du Serbe récalcitrant pour qu’ils transmettent l’ultimatum. De toute façon, ils finissent toujours par sortir de chez eux, et même s’il n’est pas possible de les tuer, nous les rossons», explique «l’instituteur». «La Kfor ne pourra jamais protéger les Serbes 24 heures sur 24 et n’a jamais appréhendé aucun de nos hommes», ajoute cet homme de 46 ans au costume bleu élimé, dont un imposant Colt 45 dépasse d’une poche intérieure. Un autre commandant de l’UCK à Urosevac (est du Kosovo) admet également que sa mission est l’intimidation des Serbes, mais il refuse d’en dire plus. Il précise simplement qu’un Albanais qui «aide les Serbes mérite une peine capitale». L’adjudant Brian Johnson, du premier bataillon du Régiment royal irlandais de la Kfor basé à Pristina, chargé de la protection des minorités, confirme que pour faire partir les Serbes il «existe des petits groupes de l’UCK qui affirment être des policiers, ont imprimé de fausses cartes de police, sont armés et possèdent même un local». «Mais ce ne sont pas les seuls, poursuit-il, car il y a aussi de nombreux criminels qui prétendent appartenir à l’UCK». Sur une population serbe de 5 000 personnes avant la guerre à Pristina, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) estime qu’il n’en reste qu’entre 1 000 et 2 000. Tous les jours 2 à 3 nouvelles familles serbes quittent Pristina, indique la Kfor. «Sur les 170 Albanais emprisonnés, plus de la moitié le sont pour intimidation ou violences contre des Serbes», souligne l’officier de la Kfor, évoquant des cas d’enlèvement et de vieilles femmes serbes battues ou violées. L’adjudant Johnson, dont le bataillon recevait à la fin de la guerre une moyenne de 30 appels de détresse de Serbes contre 5 actuellement, décrit les mêmes méthodes d’intimidation contre les Serbes que celles pratiquées par «l’instituteur». Ce dernier vit aujourd’hui avec ses huit enfants dans la maison d’un Serbe «qu’il voulait abattre». «Mon commandant de l’UCK m’a dit qu’on risquait de faire du bruit et ordonné : “Si tu veux le tuer, prends ton couteau, c’est plus discret”. Comme je sais pas bien faire ça, je l’ai laissé partir», ajoute «l’instituteur». Il possède également le restaurant d’un voisin serbe qui, dit-il en riant, «en me donnant les clefs m’a demandé de surtout ne rien abîmer». Cet homme, comme de nombreux commandants de l’UCK, affirme ouvertement rêver d’un Kosovo sans Serbe. Méticuleusement, il a noté sur son petit carnet rouge d’instituteur les noms des 79 Serbes tués par son unité depuis le début de la guerre, leur identité, date de naissance, les armes, l’argent en DM et en dinars saisis sur les cadavres. «Lorsque j’ai trouvé à Makovc (est de Pristina) un charnier avec 46 Albanais décapités ou amputés, j’ai décidé de tuer tous les prochains Serbes sur ma route», conclut «l’instituteur». Début septembre, il a quitté ses anciennes fonctions pour redevenir maître d’école mais son unité continue «le nettoyage».
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