L’avenir d’Oscar De La Hoya apparaît maintenant en question après la première défaite de sa carrière samedi soir à Las Vegas, dans ce qui avait été baptisé un peu rapidement le «combat du millénaire». La courte victoire aux points du Portoricain Felix Trinidad, devenu double champion du monde WBC et IBF et plus que jamais héros de tout un peuple, appellera sans doute une revanche. Celle-ci a été réclamée par De La Hoya, acceptée dans son principe par Trinidad, et promet une nouvelle soirée de gala, comme celle de samedi soir que Las Vegas n’avait pas connue depuis longtemps. «Je reviendrai», a lancé l’Américano-mexicain, ses rêves de grandeur temporairement interrompus. Mais des doutes subsistent sur la volonté du golden boy de la boxe américaine, tenté par une carrière de chanteur et ayant ses entrées dans le monde du cinéma, de continuer à fournir les efforts nécessaires pour poursuivre son métier de boxeur. Comme Leonard ? La carrière de De La Hoya s’apparente à celle de Sugar Ray Leonard, qui lui aussi avait su faire fructifier une médaille d’or olympique après les Jeux olympiques de Montréal en 1976, avant de concéder sa première défaite face au Panaméen Roberto Duran. Leonard avait su réagir pour prendre sa revanche et livrer ensuite une série de combats mémorables contre Thomas Hearns ou Marvin Hagler, qui restent parmi les grands moments pugilistiques de la fin de siècle. «Ce n’est qu’après cette défaite que j’ai su que Leonard était un tout grand», souligne son entraîneur de l’époque Angelo Dundee. Un quart d’heure après avoir subi une terrible punition, il ne parlait que de revanche. Et il l’a prise. Voyons si De La Hoya est de cette trempe». «Quand on a connu tant de grands moments, que l’argent rentre avec aisance, il est difficile de se motiver», a indiqué De La Hoya, qui a concédé qu’il avait envisagé de se retirer après sa difficile victoire aux points sur le Ghanéen Ike Quartey en février. «Tout est toujours venu trop facilement, a-t-il avoué. Est-ce que je veux me consacrer à plein temps à la boxe les quatre ou cinq prochaines années ou ne combattre que de temps en temps ? Dois-je abandonner ? Il faut vraiment que je décide après ce combat». « Les Portoricains ont faim » Trinidad, lui, n’a pas ce genre de doutes. À 26 ans, comme son adversaire, sévèrement conduit par son père, il n’avait encore jamais connu un tel triomphe et est tout prêt à retrouver De La Hoya pour bien plus que les 8,5 millions de dollars qui doivent lui rester sur sa bourse de samedi soir après prélèvement des 2 millions représentant la part de son promoteur Don King. Son succès a donné lieu à des scènes de liesse collective à Porto Rico, île des Caraïbes avec un statut particulier d’État associé aux États-Unis. San Juan, la capitale, où le gouvernement avait installé en plein air seize écrans géants pour permettre à la population de suivre le combat, a été paralysée une bonne partie de la nuit par des embouteillages monstres. «Pedro Rossello veut faire de nous des Américains, mais Tito (surnom de Trinidad) a gagné parce qu’il est Portoricain et que les Portoricains ont faim», a souligné un chauffeur de taxi faisant allusion au projet du gouverneur de l’île d’obtenir l’incorporation de Porto Rico comme 51e État au sein de la fédération américaine. À Las Vegas, le choc entre les deux welters invaincus a suscité l’engouement. Les quelque 12 000 places de l’arène de l’hôtel-casino où était organisé le combat avaient toutes été vendues et dans la rue, les fauteuils de ring, au prix officiel de 1 500 dollars, se revendaient jusqu’à 8 000 dollars.
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