Sans circuit électronique, dépourvue de tout rouage mécanique, la plus petite horloge au monde est logée à l’intérieur du corps vivant. Il s’agit de la glande pinéale, appelée aussi épiphyse. Niché au centre du cerveau, ce minuscule maître de nos rythmes biologiques est à l’heure actuelle au centre d’intenses recherches. La température du corps, le niveau de vigilance et celui de l’activité sont sous la dépendance régulatrice de ce microscopique organe. Il en est de même pour l’alternance sommeil-veille ainsi que l’adaptation au changement des saisons. Il y a trois siècles, le philosophe René Descartes la soupçonnait de constituer «le siège de l’âme». Aujourd’hui, on cerne avec plus de précision ses fonctions espérant arriver un jour à mieux influer sur ses activités, réussissant ainsi à commander nos propres rythmes biologiques et, le cas échéant, remettre à l’heure les pendules déréglées par une mauvaise gestion du temps qui nous est imparti (décalages horaires, travail posté) cause de certaines dépressions. Est-il nécessaire de rappeler que de l’homme au plus infime être unicellulaire, tous, absolument tous les organismes obéissent à des rythmes? Selon la succession des jours, des saisons, des années. Le mieux connu, car le plus évident, serait l’alternance du jour et de la nuit, corollaire de l’alternance éveil-sommeil. Mais il existe bien d’autres rythmes dont on soupçonne très peu les rouages : température du corps, tension artérielle, sécrétions hormonales, disponibilité intellectuelle. En fait, la majorité de nos activités physiologiques et mentales varient selon un rythme très précis, sous le contrôle permanent de nos horloges biologiques. Sans oublier que «toutes» ces variables traversent une trajectoire dont la courbe atteint un pic maximum et un niveau minimum, et ceci au cours d’une journée. Il en est de même à l’échelle du mois ou de l’année, mais dans une mesure plus atténuée. Les horloges internes, d’après l’état actuel des connaissances, se trouvent à la base du cerveau, dans certains noyaux de l’hypothalamus (noyaux suprachiasmatiques) et sont, au moins, deux. La première aurait en charge l’alternance veille-sommeil tandis que la seconde aurait la responsabilité des variations quotidiennes de la température du corps et celle des sécrétions hormonales. L’horloge « mère » La direction de la synchronisation du fonctionnement de ces deux pendules biologiques internes incombe à une horloge «mère» qui veille avec vigilance au respect du rythme indiqué, interdisant et prévenant tout dérapage. Ce rôle de surveillance suprême revient à l’épiphyse (ou «glande pinéale»). Nœud névralgique du système, cette glande reçoit en permanence des informations nerveuses, transmises par langage codé, par les yeux, sur l’intensité de la lumière extérieure. L’épiphyse convertit les données en message chimique, sous forme d’une substance synthétisée uniquement à l’obscurité, la mélatonine. Inhibée le jour et libérée durant la nuit, cette hormone en circulation dans le sang donne la notion de l’heure et des saisons au corps, imposant à la plupart des organes leur rythme d’activité. Riche de ces connaissances, la chronobiologie, branche scientifique qui explore ce domaine, étudie la possibilité de stimulation à bon escient de l’épiphyse afin d’inciter les horloges biologiques à se synchroniser sur les rythmes imposés par l’environnement. Ceci permettrait de réduire les effets négatifs sur l’organisme des horaires de nuit et du travail posté imposé par certaines professions. Il en est de même pour l’épreuve bien connue des décalages horaires occasionnés par les vols transméridiens. Les dépressions saisonnières De nombreuses études, dans ce domaine, sont venues confirmer qu’une forte luminosité s’accompagne d’un ajustement plus rapide à l’environnement : l’activité motrice, la vigilance et les rythmes de la température semblent entraînés dès le premier matin. Alors qu’en condition de lumière faible l’ajustement et l’adaptation exigent un temps trois fois supérieur. À elle seule la lumière permet de resynchroniser les rythmes biologiques. Ces constatations ont conduit à la découverte du rôle de l’épiphyse et de la mélatonine dans l’apparition des dépressions dites «saisonnières». Caractérisée par des troubles de l’humeur et une grande atonie (sensation de fatique intense), cette affection annuelle touche 5% à 10% du total des sujets déprimés et semble survenir dans notre hémisphère aux alentours de l’automne. Des études entreprises en Argentine, en revanche, indiquent que la fréquence de ces dépressions atteint son maximum au mois de mars. Ce qui correspond à l’automne dans l’Hémisphère Sud. On réalise ainsi que l’organisme éprouve de la difficulté à s’adapter à l’allongement de la durée de la baisse de la lumière (la nuit), l’épiphyse continuant à fonctionner sur un rythme estival en déphasage avec la réalité. Cette constatation a conduit à l’idée d’un traitement par la lumière de certaines dépressions chroniques, afin de remettre à l’heure les horloges biologiques déréglées de leurs victimes. Expérimentée aux États-Unis et à Lyon (France) depuis un certain temps, la «luxothérapie» consiste à exposer les malades, quelques heures par jour, à une forte intensité lumineuse, proche de la puissance d’éclairement du plein soleil. Selon les psychiatres, les résultats sont «encourageants». Une seconde voie thérapeutique serait l’administration par voie orale soit de la mélatonine soit, au contraire, d’une substance bloquant son action. Voies prometteuses dont le stade d’application ne permet pas encore la généralisation. Mais les chercheurs poursuivent des recherches très actives dans ce domaine.
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