L’envoi de jeunes recrues dans les points chauds du Daghestan où les combats ont fait rage ces dernières semaines contre les rebelles islamistes a provoqué non seulement la colère des mères de soldats, mais aussi celle de la République du Tatarstan, qui a pris des mesures exceptionnelles. Tandis que les mères de soldats multipliaient les manifestations dans le sud de la Russie, le Tatarstan a décidé mercredi de ne plus envoyer de conscrits dans l’armée russe tant que ses appelés envoyés sur le front ne sont pas revenus dans leurs casernes. Cette mesure a été votée par le Parlement de la république musulmane du centre de la Russie, après la mort de six appelés tatars dans les combats de ces dernières semaines. «Nos enfants ne doivent pas être de la chair à canon», a déclaré le président du Parlement du Tatarstan Farid Moukhametchine, cité par le quotidien Izvestia. Deux des six conscrits tatares tués au Daghestan n’avaient commencé leur service militaire que 40 jours avant leur envoi sur le front. Selon un expert de l’agence d’informations militaire AVN, Igor Gladkevitch, les appelés ne peuvent être théoriquement envoyés sur les lieux de conflit qu’après six mois d’entraînement. Les députés locaux estiment que l’envoi de jeunes conscrits contredit les accords signés entre la république et le ministère russe de la Défense et selon lesquels les conscrits du Tatarstan ne peuvent être mutés dans des points chauds. «Nos généraux doivent non seulement apprendre à faire la guerre, mais aussi agir en conformité à la loi», commentait jeudi le quotidien Izvestia. Le président du Tatarstan Mintimer Chaïmiev s’en est également pris aux responsables militaires russes qui, selon lui, mentent non seulement au Tatarstan, «mais à toute la Russie». «Le gouvernement nous assure qu’il envoie les unités spéciales au Daghestan, mais on voit à la télévision qu’il n’y a que des jeunes conscrits», soutient Maria Fedoulova, une responsable de l’association des mères de soldats. Des mères en pleurs ont manifesté ces derniers jours dans les régions de Stavropol, de Rostov et de Krasnodar (sud) et dans l’enclave russe de Kaliningrad (nord-ouest) près des administrations locales et des casernes militaires. Elles ont également envoyé une lettre de protestation au président russe Boris Eltsine en lui demandant de ne plus envoyer de conscrits au Daghestan. «Les erreurs de la guerre de Tchétchénie se répètent» au Daghestan, fulmine Mme Fedoulova. L’association des mères avait été particulièrement active au moment de la guerre en Tchétchénie (décembre 1994 - août 1996) quand les responsables de l’armée n’avaient pas hésité à envoyer en première ligne des centaines de très jeunes appelés souvent âgés d’à peine plus de 18 ans. L’armée russe a admis avoir perdu plus de 250 hommes en cinq semaines de combat. «Les pertes réelles sont toujours inconnues, car le ministère de la Défense cache les informations», affirme cependant Mme Fedoulova. «Notre gouvernement est en train de détruire l’élite», martèle pour sa part Valentina Melkina, dont le fils doit prochainement partir au Daghestan et qui est venue jeudi demander de l’aide à l’association des mères des soldats. «Des jeunes gens honnêtes et consciencieux qui n’éludent pas le service militaire, mais ne savent pas se servir des armes, partent à la guerre. Cela n’a pas de sens», poursuit-elle. La plupart des jeunes Russes essayent par tous les moyens possibles, y compris des pots-de-vin, d’éviter le service militaire en raison de l’instabilité au Caucase et du bizutage.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’envoi de jeunes recrues dans les points chauds du Daghestan où les combats ont fait rage ces dernières semaines contre les rebelles islamistes a provoqué non seulement la colère des mères de soldats, mais aussi celle de la République du Tatarstan, qui a pris des mesures exceptionnelles. Tandis que les mères de soldats multipliaient les manifestations dans le sud de la Russie, le Tatarstan a décidé mercredi de ne plus envoyer de conscrits dans l’armée russe tant que ses appelés envoyés sur le front ne sont pas revenus dans leurs casernes. Cette mesure a été votée par le Parlement de la république musulmane du centre de la Russie, après la mort de six appelés tatars dans les combats de ces dernières semaines. «Nos enfants ne doivent pas être de la chair à canon», a déclaré le président du Parlement du...