Les deux séismes qui se sont produits à trois semaines d’intervalle en Turquie et en Grèce rappellent aux deux pays voisins de l’Égée la nécessité de surmonter leurs différends et le besoin d’un rapprochement, limité pour le moment au niveau des deux peuples. «La nature a rappelé une fois de plus aux deux pays voisins, par deux fléaux similaires, leur destin commun. Il est de notre devoir de voisin d’alléger les souffrances du peuple grec», a dit mercredi le Premier ministre turc Bulent Ecevit après le séisme à Athènes mardi qui a fait 52 morts, selon un bilan officiel provisoire. À ce message chaleureux sont venues s’ajouter les déclarations dans le même sens des principaux dirigeants turcs après le séisme d’Athènes. Le président Suleyman Demirel, le ministre des Affaires étrangères Ismail Cem et le président du Parlement Yildirim Akbulut ont tous envoyé des messages de condoléances à leurs homologues grecs. Osman Durmus, ministre de la Santé, auteur de déclarations nationalistes contestées sur les secours étrangers et les besoins en aide de la Turquie après le séisme du 17 août, est cette fois allé jusqu’à proposer de se rendre à Athènes pour participer personnellement aux secours, selon un porte-parole de l’ambassade grecque à Ankara. À l’instar de la presse grecque après le séisme qui a ravagé le nord-ouest de la Turquie, faisant plus de 15 300 morts, plusieurs journaux turcs ont souhaité mercredi à la une, en grec, un prompt rétablissement à la population d’Athènes. «Nous versons des larmes pour notre voisin», lançait le quotidien libéral Radikal. Un porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Sermet Atacanli, a souligné que la Turquie était prête à déployer tous ses efforts pour aider la Grèce, ajoutant : «Les manifestations en faveur des Turcs par le peuple grec après le séisme en Turquie restent toujours présentes dans l’esprit» du peuple turc. La Grèce s’était largement mobilisée et avait envoyé des secours importants dans les régions sinistrées turques. L’amélioration du climat entre les deux peuples de la mer Égée après le séisme doit se répercuter sur les relations entre Ankara et Athènes, en désaccord sur plusieurs questions bien qu’alliés au sein de l’Otan, estimaient jeudi les éditorialistes. «Nous nous rapprochons petit à petit. Nous pouvons créer une famille de paix», écrit Rauf Tamer de Sabah. Déjà après le séisme en Turquie, il avait estimé que sur la lancée du réchauffement des relations, une amitié durable devrait être établie entre les deux pays. Mais M. Atacanli a laissé entendre que l’euphorie populaire était encore loin d’avoir atteint les deux capitales. «Il faut attendre et voir. Surtout, le sommet de l’Union européenne d’Helsinki sera un bon indicateur pour savoir où vont les relations», a-t-il indiqué. La Grèce a, pour la première fois, favorisé les 5 et 6 septembre lors d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des Quinze à Saariselka (Finlande) la candidature à l’UE de la Turquie, exclue lors du sommet de Luxembourg de décembre 1997 de la liste d’élargissement. Kamran Inan, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement turc, cité par Milliyet, estime qu’«il faut profiter de l’atmosphère post-séisme», sans cependant se laisser aller à un optimisme excessif. De nombreux différends opposent les deux pays : délimitation du plateau continental, de l’espace aérien et maritime, et question de l’île divisée de Chypre. «Il y a des problèmes majeurs entre la Turquie et la Grèce, notamment en mer Égée. Il est difficile de pouvoir parvenir à une convergence de vues sur ceux-ci», commentait Bulent Ecevit au journal Radikal. «Mais maintenant la porte du dialogue est ouverte», a-t-il ajouté.
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