Mieux que du pétrole, à Grozny les puits donnent directement de l'essence
le 04 septembre 1999 à 00h00
Alkhazour Patsagov, 40 ans, le visage noir de suie, exploite un puits artisanal dans la périphérie de Grozny, en Tchétchénie. Un puits de pétrole. Mieux, un puits qui donne directement de l’essence, dont regorge le sous-sol de la ville. Comme des centaines d’habitants de la capitale tchétchène, Alkhazour et son fils de 19 ans ont creusé à la main une fosse qui n’excède pas 25 mètres de profondeur. Et séparent de manière artisanale le mélange d’eau, d’essence, de kérosène et de phénol qui constitue la nappe artificielle présente sous Grozny. Alkhazour revend à un bon prix son essence de piètre qualité, stockée dans une citerne de 10 tonnes, et ne se plaint pas : il a acheté une Volga flambant neuve en attendant de s’offrir une Mercedes, agrandi sa maison, peut se permettre d’acheter des médicaments pour sa femme qui enchaîne les fausses couches, peut-être un effet des émanations toxiques. Dans une république à l’économie ravagée depuis la guerre d’indépendance contre la Russie (1994-96), la nappe a priori dangereuse et catastrophique pour l’écologie est considérée comme une aubaine par les habitants de Grozny, qui extraient de la sorte jusqu’à 60 tonnes de produits pétroliers par jour, d’après les estimations. Selon le président de la compagnie pétrolière Tchénenko, Timour Gaïsoumov, il y a en fait trois «poches» de produits pétroliers dans le sous-sol de la ville, issues des rejets et fuites occasionnés par les raffineries locales depuis le début du siècle. Aux débuts de l’industrie pétrolière, seul le kérosène était conservé après raffinage, et l’essence, considérée comme inutile, était rejetée dans le sous-sol, explique M Gaïsoumov. Les méthodes peu regardantes pour l’écologie de l’industrie soviétique ont par la suite continué de laisser s’écouler, par des fuites et négligences, des milliers de tonnes de produits raffinés dans le sol. Ces dernières années, les bombardements qui ont ravagé Grozny durant la guerre contre Moscou ont également touché les raffineries et réservoirs, et encore aggravé la situation.
Alkhazour Patsagov, 40 ans, le visage noir de suie, exploite un puits artisanal dans la périphérie de Grozny, en Tchétchénie. Un puits de pétrole. Mieux, un puits qui donne directement de l’essence, dont regorge le sous-sol de la ville. Comme des centaines d’habitants de la capitale tchétchène, Alkhazour et son fils de 19 ans ont creusé à la main une fosse qui n’excède pas 25 mètres de profondeur. Et séparent de manière artisanale le mélange d’eau, d’essence, de kérosène et de phénol qui constitue la nappe artificielle présente sous Grozny. Alkhazour revend à un bon prix son essence de piètre qualité, stockée dans une citerne de 10 tonnes, et ne se plaint pas : il a acheté une Volga flambant neuve en attendant de s’offrir une Mercedes, agrandi sa maison, peut se permettre d’acheter des médicaments...
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