À quelques jours des 60 ans de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne hitlérienne, le 1er septembre 1939, Helmut Kohl a révélé que la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse héritée de la défaite nazie lui avait fait mettre sa démission dans la balance. Après la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, les négociations sur l’unification allemande aux États-Unis avaient été particulièrement éprouvantes, confiait l’ancien chancelier le 22 août sur DeutschlandRadio. La rencontre avec le président américain George Bush et son secrétaire d’État James Baker, en janvier 1990 à Camp David, fut «une nuit vraiment dramatique». «Les Américains ont essayé de me faire reconnaître immédiatement la frontière germano-polonaise du fleuve Oder et de la rivière Neisse et j’ai dit : “Si vous me placez dans cette situation, je vais la reconnaître mais aussi démissionner”». Et d’ajouter : «Ils ne le souhaitaient évidemment pas et il en fut autrement, mais ce fut très difficile» En 1989 encore, les plus nationalistes et les Allemands déplacés après la guerre et la révision des frontières («Vertriebene») n’avaient pas abandonné l’espoir de revoir la géographie. Certains constituaient un lobby aussi actif qu’inavouable au sein de la CDU d’Helmut Kohl, surtout dans le parti-frère bavarois, l’ultra-conservatrice CSU. «Je savais naturellement comme beaucoup qu’il faudrait en arriver à un moment donné, mais nous étions liés par des promesses faites aux personnes déplacées», expliquait laconiquement l’ancien chancelier. L’obstacle invoqué par Helmut Kohl lors des pourparlers entre les deux Allemagnes et les puissances victorieuses (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Urss) était d’ordre constitutionnel : il aurait fallu un traité de paix qui n’existait pas. Car les Alliés, tirant les conséquences du Traité de Versailles signé à l’issue de la Première Guerre mondiale et perçu comme un diktat en Allemagne, s’étaient gardés en 1945 de consigner la défaite du IIIe Reich dans un texte similaire. L’armistice du 8 mai avait suffi pour sceller la capitulation nazie. Après la guerre, quelque cinq millions d’Allemands ont fait les frais du redécoupage de la carte au profit de la Pologne. Les Alliés avaient opté pour une translation vers l’ouest de ce pays, qui gagnait 114 000 km2 au détriment de son voisin germanique. L’opération était censée consoler Varsovie d’avoir abandonné ses terres orientales à l’Urss. En 1950, la RDA entérinait sa frontière avec la Pologne politiquement amie. Mais la RFA, elle, continuait de la récuser en l’absence d’un traité de paix qui ne pourrait être conclu qu’après la réunification. L’affaire semblait réglée en 1970, avec le traité de Varsovie entre la RFA et la Pologne qui consacrait finalement la frontière. Sous réserve toutefois, comme le précisait pudiquement une clause, que l’Allemagne une fois réunifiée la reconfirme. Mais la controverse resurgit deux mois avant la chute du Mur de Berlin lors des 50 ans de l’invasion de la Pologne, enflammant le Bundestag, la Chambre basse du Parlement de RFA. En novembre 1990, l’affaire était finalement close sous la pression internationale : le second traité de Varsovie entérinait la frontière héritée de l’après-guerre. Un an plus tard, un traité d’amitié et de coopération scellait la réconciliation germano-polonaise. Et la réunification devenait à jamais synonyme d’amertume pour la communauté farouchement nationaliste des «Vertriebene».
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