L’échec de la création d’une mégabanque à trois BNP-Paribas-Société générale n’empêchera pas la BNP, mariée à Paribas, de ravir au Crédit agricole le titre de première banque en France, mais l’incertitude sur la suite du remodelage du paysage bancaire français reste totale. Les prochaines vedettes de cette recomposition seront à coup sûr la Société générale, qui vient d’échapper aux griffes de la BNP, le Crédit lyonnais, privatisé, dont l’actionnariat est pour le moment stabilisé, et le CCF, dont le capital est régulièrement grignoté par trois banques étrangères. En retard sur les autres pays, le système bancaire français a entamé sa mue en 1996 avec l’acquisition par le mutualiste Crédit agricole de la Banque Indosuez. Hormis le rachat du Crédit du Nord par SG, les banques mutualistes ont largement profité des privatisations et des regroupements : le CIC a été vendu par l’État au Crédit mutuel et le groupe Natexis – issu de la fusion du Crédit national et de la Banque française du commerce extérieur – a été avalé par les Banques populaires. Quant au Crédit foncier de France, il est tombé dans l’escarcelle des Caisses d’épargne dont le statut a opportunément été transformé par le gouvernement en groupe mutualiste. Ces mouvements ont été souvent stigmatisés par les autres banques qui protestent contre le fait qu’un mutualiste ait le droit d’acheter une banque classique alors qu’à l’inverse son statut le met à l’abri de toute acquisition par un autre établissement. Bercy a, de son côté, plusieurs fois appelé les banques, mutualistes ou non, à cesser leurs querelles «picrocholines» à l’heure de l’euro et de la nécessité de renforcer le secteur bancaire français. L’émergence du groupe BNP-Paribas permet à la France de hisser une banque au troisième rang mondial en terme d’actifs (derrière la mégabanque japonaise qui va naître de la fusion de IBJ, DKB et Fuji et l’allemand Deutsche Bank). Mais l’échec de la création du champion français SBP a deux conséquences: elle laisse la Société générale isolée et vulnérable et empêche un renforcement des banques françaises sur leur marché intérieur, ce qui est pourtant une priorité. De fait, l’année dernière, dans un contexte international de crise financière sur les marchés émergents, les banques françaises ont pu en partie assurer une progression de leurs résultats grâce au métier de banque de détail, générateur de profits peu risqués et récurrents. En termes de parts de marché domestique, le Crédit agricole est en tête pour les dépôts avec 22 %, suivi par la Poste, les Caisses d’épargne et le Crédit mutuel-CIC (10 à 12% environ chacun), par la Société générale-Crédit du Nord (7 %), la BNP (environ 7 %), le Crédit lyonnais (5,5 %), etc. Le groupe SBP aurait totalisé environ 15 % des parts. Le Crédit lyonnais, dont le Crédit agricole est le principal actionnaire, pourrait, à l’issue des deux ans de stabilité obligatoire de son capital, se retrouver plus nettement sous la coupe de la banque verte. D’ici là, la Société générale devra trouver un ou plusieurs partenaires. Le ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn a déclaré qu’il «faudra travailler à renforcer» SG. Mais à l’heure de l’euro, la notion de «priorité nationale» apparaît de plus en plus archaïque aux analystes. De fait, la banque espagnole BSCH et les assureurs allemand Allianz et britannique CGU figurent parmi les premiers actionnaires de SG. Quant au CCF, son sort paraît d’ores et déjà scellé: l’un de ses premiers actionnaires, le néerlandais ING, vient d’appeler les deux autres, le belge KBC et le suisse Suiss Life «à négocier» sur l’avenir de cette banque.
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