Les hommes forts du marteau lanceront certes la première des neuf journées de compétition, samedi à Séville, mais ce sont les rois de la vitesse et plus particulièrement les Américains Maurice Greene et Marion Jones qui seront les vedettes attendues des 7es championnats du monde d’athlétisme avec les finales des 100 m de dimanche. Après des semaines d’affirmations, Greene et Jones auront enfin l’opportunité de prouver qu’ils sont capables d’atteindre leur objectif: remporter respectivement trois et quatre médailles d’or aux 7es championnats du monde. «J’ai hâte que ça commence», insistait d’ailleurs Jones quelques heures avant l’ouverture, rappelant à ceux qui ne se souviennent pas : «J’ai disputé trois épreuves aux championnats américains et souvent doublé dans les meetings et j’ai donc une petite expérience des engagements multiples». La championne du monde du 100 m est prête, même pour une entrée en scène lui proposant les qualifications de la longueur et le premier tour du 100 m en l’espace de quelques 20 minutes. «J’espère me qualifier dès mon premier saut», a indiqué Jones dont la tâche sera facilitée par le forfait de l’Allemande Heike Drechsler, qui lui a infligé deux de ses rares défaites à la longueur les deux dernières saisons. Cette première partie déterminera la suite de la mission qui comprend aussi la conquête du 200 m. «Ensuite, mon entraîneur m’a dit qu’il verrait dans mes yeux s’il doit m’imposer ou pas le stress d’un 400 m», quatrième étape prévue avec le relais américain. Greene le « phénomène » «Attention au phénomène». Dans un style de plus en plus arrogant, Maurice Greene a prévenu ses adversaires: lui, l’homme le plus rapide du monde (9’’79), n’est pas prêt à céder le trône mondial du 100 m conquis deux ans plus tôt à Athènes. Et il souhaite même étendre sa domination sur 200 m avant de triompher avec le 4x100 m. Pour parvenir à son but, la comète du Kansas est même prêt à «tester la rapidité annoncée de la piste» andalouse. Les deux premiers tours du 100 m, samedi, donneront un aperçu des capacités de rivaux tels le Canadien Bruny Surin, le Namibien Frankie Fredericks et le Barbadéen Obadele Thomspon. La Française Eunice Barber se posera en favorite de l’heptathlon, dont elle détient la meilleure performance mondiale de la saison, en l’absence de l’Américaine Dedee Nathan. Au menu traditionnel de la première journée: le 100 m haies, distance sur laquelle Barber est également qualifiée pour les Mondiaux, la hauteur, le poids et le 200m. Vers 20h00, le meilleur marcheur du 20 km fera son entrée dans le stade olympique, après plusieurs tours d’un circuit avoisinant, pour coiffer la première couronne de ces mondiaux. Dans le même temps, les lanceurs du poids en découdront sur le terrain, tandis que les perchistes féminines s’élanceront dans les airs, à la recherche du premier titre mondial qui sera décerné dans cette spécialité. Drechsler privée d’un 7e sommet L’Allemande Heike Drechsler, perturbée par une douleur au mollet gauche, a déclaré forfait du concours de saut en longueur. Drechsler, qui s’était blessée dimanche et n’avait pu participer à la réunion de la Chaux-de-Fonds (Suisse), a renoncé après une ultime séance d’essai effectuée vendredi matin à Séville, soit à la veille des qualifications du concours mondial. «Il fallait qu’elle soit à 100 % car il s’agit de la jambe d’impulsion, mais après un bon début de séance, elle a ressenti la douleur», a expliqué son entraîneur, l’ancien décathlonien français Alain Blondel. «Il aurait fallu qu’il n’y ait pas de qualifications car on peut penser qu’elle se serait mieux senti lundi (jour de la finale)». Drechsler, 34 ans, avait participé à tous les sommets mondiaux depuis la première édition en 1983. Plus jeune championne du monde à Helsinki (18 ans et 240 jours) sous les couleurs de l’ex-RDA, elle avait ajouté cinq autres médailles mondiales à son palmarès dont à nouveau l’or en longueur en 1993 à Stuttgart. Le forfait de Drechsler ne fait qu’allonger la liste des grands absents du Mondial-99 où figuraient déjà l’Ukrainien Serguei Bubka et le Trinidadien Ato Boldon, blessés, la Française Marie-Josée Pérec, qui tente un retour après une longue maladie, ainsi que le Cubain Javier Sotomayor et la Jamaïcaine Merlene Ottey, pris dans les filets des contrôles antidopage. Les deux Libanais inscrits aux septièmes championnats du monde entreront en lice ce week-end. Le sauteur Jean-Claude Rabbath disputera la qualification de la hauteur samedi avec une petite chance de se qualifier, alors que Diala Chab participera au premier tour du 400 mètres dans la soirée de dimanche. Eunice Barber s’est engagée dans l’heptathlon des championnats du monde d’athlétisme avec la ferme intention de couper court à tout suspense, au soir de la première journée, samedi à Séville. Avec un total de 6 505 points, la néo-Française originaire de la Sierra Leone possède le meilleur total des engagées, en l’absence de l’Américaine DeBee Nathan qui, ayant raté les championnats américains, était pourtant restée inscrite jusqu’au dernier moment sur la liste des prétendantes. Barber veut couper le suspense «Eunice peut tuer l’épreuve dès la mi-parcours», a en effet souligné son entraîneur François Pépin, l’homme qui avait fait de la triple championne olympique Marie-José Pérec une athlète de haut niveau. Barber est ainsi propulsée au rang de favorite malgré la présence de l’Allemande Sabine Braun (6 352), une tenante du titre quelque peu usée, et de la Syrienne Ghada Shouaa, une championne olympique ayant souffert ces derniers temps de problèmes dorsaux. Barber veut imposer d’entrée son empreinte bien que la 2e journée lui soit généralement davantage favorable avec, notamment, ce saut en longueur qui lui a permis de battre à Paris le record national (7,01 m). «Je souhaite virer en tête», a insisté la Rémoise qui a coupé sa toison bleu France de début de saison, Lewis, la rivale. La Britannique Denise Lewis (6 736 points en 1997) devrait être la principale rivale de la tricolore selon François Pépin, lequel pense que le titre se jouera à 6 700 points. Une étape vers les 7 000 points qu’il programme pour sa nouvelle protégée à l’aise par tous les temps, y compris bien sûr la chaleur. Le mentor est impressionné par le fait qu’Eunice Barber (25 ans) n’ait évoqué jusque-là aucune douleur susceptible d’expliquer une éventuelle contre-performance. «Eunice est en fait habitée par la confiance, explique-t-il. Elle n’est pas sujette à se laisser emporter dans un quelconque incident de parcours. C’est une athlète qui ne fait jamais semblant. Quand elle passe une haie, elle a l’intention d’être performante». Habile et solide (1,75 m pour 66 kilos), Barber ne se connaît qu’un seul point faible: le poids, que ses talents à la longueur, au 100 m haies (10 sec 94) et au javelot (50,83 m cette année) compensent toutefois. Au pied des podiums de sa spécialité jusque-là, la Champenoise, depuis huit ans maintenant, devrait donc cette fois faire mieux que sa 5e place aux Jeux olympiques d’Atlanta (1996) et que sa 4e place au Mondial de Goeteborg.
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