À chacun son style Il existe une analogie intéressante entre la façon de conduire des gens et la façon dont ils investissent leur argent. Dans un embouteillage, les automobilistes impatients ne cessent de passer d’une file à une autre et de doubler, observant constamment la vitesse dans autres files. En saisissant toute opportunité qui leur donnerait, au moment même, rien qu’un infime avantage sur les autres, ces conducteurs prennent des risques et imposent même des risques aux autres. En termes d’investissement, ce profil correspondrait au spéculateur qui, à force d’essayer d’être là où il faut lorsqu’il le faut, prend constamment plus de risques contre des rendements bien plus incertains. Lorsque vous êtes au volant, vous avez un style particulier de conduite : vous êtes prêt à accepter un certain niveau de risque et un certain niveau de frustration. Il s’agit d’éléments émotionnels qui n’ont rien à voir avec votre choix d’une destination ou d’un chemin. De même, dans votre style d’investissement, vous pouvez tolérer un certain niveau de risques, mais il est très probable que vous deveniez particulièrement nerveux une fois ce niveau dépassé et que vous vous retrouviez en dehors des limites de votre zone de confort. Comment agir alors? En conduite comme en gestion de portefeuille, vous améliorez nettement vos chances d’arriver à destination si vous savez déjà à quoi vous attendre en chemin. Les questions à se poser D’un côté, l’investissement est un processus rationnel et mécanique qui démarre avec des questions du genre : combien de temps me reste-t-il jusqu’à la retraite? Quelles sont mes habitudes d’épargne et suis-je rigoureux sur ce plan? Combien ai-je d’argent aujourd’hui, et combien me faudrait-il pour ma retraite ou pour un projet donné? À partir de là, même un ordinateur peut facilement déterminer le type d’actif et le rendement qui vous conviennent. Mais bien sûr, ce serait trop simple. En fait, ce sont surtout des questions d’ordre psychologique qu’il faut se poser avant de plonger : pourrai-je supporter les risques impliqués par cet actif ou ce portefeuille que j’ai choisi? Puis-je tolérer que le portefeuille de mon voisin affiche de meilleures performances que le mien? Ai-je la patience nécessaire pour m’accrocher durant les hauts et les bas du marché et ne pas liquider et fuir sur un coup de tête? Les pièges à éviter Si vos ambitions sont si démesurées ou votre intolérance si peu maîtrisable qu’il vous faudra probablement spéculer à volonté et mettre en péril tout ce que vous possédez déjà, il vaudrait mieux que vous soyez coriace et que vous disposiez absolument d’un plan B en renfort, surtout s’il s’agit d’un investissement pour assurer votre retraite. Le monde de l’investisseur est semé de pièges impardonnables qui ne sont évitables qu’au prix d’une très grande patience et d’une rationalité infaillible. Curieusement, les trappes où tombent beaucoup d’investisseurs-spéculateurs naissent de leurs propres faiblesses émotionnelles. Vous le comprendrez bientôt : les émotions incontrôlées sont le pire ennemi de l’investisseur. Quelques conseils sur les comportements préférablement à éviter : Se concentrer sur l’espoir et l’excitation, en ignorant les risques. Alors que la gestion du risque est au cœur de l’investissement réussi, aucun intermédiaire financier ou vendeur ne veut que son client se concentre sur les risques de l’opération. Le client s’enfuirait a priori très rapidement, et avec lui, les commissions du vendeur! Savoir choisir et gérer votre investissement, c’est d’abord écouter votre raison en contrôlant vos émotions. Les problèmes émotionnels et les pressions de la vie quotidienne sont souvent à l’origine d’une éviction des investisseurs et d’une destruction des portefeuilles. Prendre des décisions émotionnelles au lieu de décisions disciplinées. Les décisions non disciplinées et mal pesées sont à l’origine d’un comportement aléatoire. Une conversation survenue à bord d’un avion avec un voisin plutôt intéressant n’est pas une référence de qualité pour effectuer des opérations peu réfléchies. Vous seriez probablement en train d’œuvrer contre vos intérêts. La rationalité est la clé du succès. Ne pas être fixé sur vos priorités et votre réaction face à l’incertitude. Le marché comprend toujours des experts dont les diagnostics sont contradictoires. Certains préconiseront de vendre tandis que d’autres vous assureront que le marché est au plus bas. Si vous ne disposez pas d’une stratégie bien définie, vous aurez tendance à suivre aveuglément un expert que vous avez sélectionné sur base de son charme ou de son charisme. Sachez ce que vous voulez et ce que vous recherchez. Définissez vos priorités afin de réussir à sélectionner l’intermédiaire qui vous convienne et d’évaluer rationnellement ce qu’il a à vous proposer. Se concentrer sur un actif du portefeuille et négliger le portefeuille dans son ensemble. C’est un comportement traditionnel chez les investisseurs que d’être accroché à un poste de Reuters ou à un téléphone, à essayer de suivre les moindres soubresauts de leur portefeuille. Prétendre que l’on est un investisseur de long terme signifie surtout observer la tendance générale de son portefeuille en entier, et non pas la volatilité d’un seul titre à court terme. Verser dans les extrêmes : le trading trépidant ou la paralysie face à la diversité des choix. Il faut avouer que la frénésie des marchés incite souvent à multiplier les opérations de vente-achat dans une perspective de court terme. L’impatience vous gagne et le spectre du gain rapide vous obsède. Dites-vous que c’est grâce à de tels emportements que les courtiers financiers vivent. C’est aussi à cause de cela que vous risquez fortement de laisser filer de belles opportunités d’investissement qui auraient porté leurs fruits à plus long terme. Les risques : en prendre trop ou trop peu. C’est en quelques sortes une loi du marché : les gens riches prennent généralement peu de risques tandis que les gens disposant d’un capital réduit sont plus aventureux. Au fond, ces derniers se disent peut-être qu’ils n’ont pas grand-chose à perdre, alors, comme plus de risque rime avec plus de rentabilité... À l’autre extrême, une trop forte aversion au risque limite significativement les chances de rentabilisation de l’investissement, menant à la frustration des investisseurs lorsqu’ils constatent ce qu’auraient pu être leurs gains s’ils avaient supporté un risque même légèrement supérieur. Refuser de subir des pertes. Si vous voulez éviter les gros dégâts, il faudra accepter de vendre parfois à perte. Minimiser ses pertes vaut toujours mieux que tout perdre irrémédiablement. Beaucoup d’investisseurs s’accrochent à leurs titres durant leur chute par peur de perdre et vendent au moindre redressement dans l’objectif de se débarrasser du portefeuille au plus vite. À long terme, cette stratégie myope peut vous faire regretter d’avoir vendu à faible prix des titres qui ont ensuite flambé. Une fois de plus, la patience s’impose comme une règle d’or sur les marchés. Ne pas réussir à maîtriser vos impulsions. Il est primordial qu’un investisseur réussisse à dompter ses impulsions. Ce n’est évidemment pas toujours très facile d’observer l’activité frénétique du marché sans y tremper un doigt, surtout si l’on a l’esprit compétitif. On a souvent envie d’écarter ses visions rationnelles de long terme et d’être au cœur de l’action, récoltant des profits rapides et faciles. Pourquoi pas si vous ne vous emportez pas. Mais sachez que la spéculation continue et intense ne mène souvent qu’au désappointement. En définitive Investisseurs et investisseurs potentiels, vous pouvez parier que les professionnels du métier connaissent les méandres de la psychologie de l’investisseur. La plupart sont même prêts à profiter au maximum du comportement des investisseurs qui ne maîtrisent pas parfaitement leurs actions et réactions. Lorsque c’est votre argent qui est en jeu, il vaudrait mieux que ce soit vous dans le siège du conducteur, même si vous suivez les directives de quelqu’un d’autre. Le meilleur moyen de rester en contrôle, c’est de définir son plan stratégique et de s’y conformer. Vous réussirez cela en essayant de toujours garder séparés vos objectifs financiers et vos besoins émotionnels. Un bon plan d’investissement est celui qui vous assurera le rendement qui convient à vos besoins dans un cadre temporaire défini. C’est le placement qui préservera votre capital et le rentabilisera selon vos priorités. À vous donc de savoir effectuer votre choix, avec, bien entendu, le conseil des experts.
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