L’archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, a célébré hier une messe à l’intention de la France en l’église de Aïn Saadé. La France était représentée par M. François Senemaud, chargé d’affaires, et son épouse, l’ambassadeur de France au Liban, M. Daniel Jouanneau, étant actuellement en vacances. Dans son homélie, Mgr Matar a évoqué les relations entre la France et le Liban déclarant notamment : (...)«À la fête de l’Assomption, nous offrons, à l’archevêché maronite de Beyrouth, notre messe traditionnelle depuis plus d’un siècle, à l’intention de la France. Pour nous, la Fille aînée de l’Église, la France de Clovis, de Louis XIV, de Bonaparte et de Clemenceau est toujours la France du peuple qui a présenté au monde un attachement ferme et courageux et parfois contre vents et marées, aux valeurs fondamentales du droit, de la liberté et de l’ouverture à l’Universel. C’est cette France qui a rencontré sur les chemins de l’Histoire notre pays, le Liban, et qui l’a aimé. Le Liban lui a rendu la pareille sur base d’une communion aux mêmes valeurs d’humanisme et de civilisation. Nous demandons à Dieu que nos deux pays continuent à porter leurs messages, et que la paix véritable, bâtie sur le respect des droits de tous et de chacun, puisse enfin régner dans notre région et dans le monde». Par ailleurs, au cours d’un déjeuner qui a suivi l’office divin en la résidence archiépiscopale de Aïn Saadé, Mgr Matar a déclaré : «On ne se lasse pas, depuis 1845, de rappeler, pour les célébrer et s’en réjouir comme d’un vieux vin, le privilège de ce banquet d’amitié. Si le diocèse maronite de Beyrouth s’en enorgueillit, il le fait sans exclusive. En effet, c’est toute la communauté maronite, c’est tout le Liban, et même c’est tout l’espace de la Méditerranée orientale qui portent les marques de la France et qui l’ont tant marqués par leur présence. Dès le IVe siècle, des colonies de la côte syro-libanaise s’installent à Marseille, Narbonne, Bordeaux, Lyon, et introduisent dans la Gaule leur technique d’art, de commerce, de spiritualité. Inversement, des colonies franques, venant des confins de la Gaule, s’installent en grand nombre sur cette Terre Sainte. Louis IX, le seul roi déclaré saint, consacre les liens entre la France et les maronites, qui expliquent la suite d’une belle histoire d’amitié, de communion. «C’est sur des principes de cette qualité, sur des valeurs de foi et d’humanité que nous nous sommes retrouvés et avons bâti notre double fidélité. Les liens humains, spirituels, culturels sont si solides qu’ils n’ont jamais été entamés, même sous des régimes parfois peu enclins à favoriser la fille aînée de l’Église. Reconstruction et paix À son tour, M. Senemaud a puis la parole pour remercier l’archevêque de Beyrouth, déclarant : «(...) Vous avez à juste titre, monseigneur, souligné que l’office auquel vous nous avez conviés aujourd’hui s’inscrivait dans une longue et belle tradition commune. Il fournit en effet un nouvel exemple de la richesse et de la profondeur des relations fraternelles et fidèles qui unissent depuis tant de siècles nos deux peuples et nos deux pays. Je reconnais parmi les éminentes personnalités que vous avez eu la délicatesse d’inviter à la messe de ce matin et à ce repas que nous partageons à votre table bien plus que des interlocuteurs ou même des partenaires. Je vois en eux des amis de mon pays et des défenseurs de cette relation franco-libanaise qui nous est si chère, permettez-moi de les remercier d’avoir bien voulu venir aujourd’hui ici dans votre résidence d’été pour manifester une nouvelle fois leur attachement à ce patrimoine commun. Je ressens aujourd’hui très profondément la vérité de ce que vous m’avez dit un jour : les Libanais ne se sentent pas à l’étranger quand ils se trouvent en France, et les Français pas davantage lorsqu’ils sont au Liban. «Vous savez, Monseigneur, que notre effort se poursuit depuis la fin de la guerre à un rythme soutenu en faveur de la reconstruction du Liban sur tous les plans, qu’il s’agisse des infrastructures comme de la société libanaise elle-même. «Sur le plan économique, nous développons notre aide et mettons en place de nouveaux outils de coopération. C’est ainsi que l’Agence française de développement vient de s’installer à Beyrouth et a d’ores et déjà commencé à identifier des projets très concrets qui visent à développer l’activité économique et l’emploi dans des régions défavorisées. «Nous participons également à cette grande entreprise nationale, voulue par tous les Libanais, de reconstruction d’une société juste et solidaire et d’un État doté d’institutions stables et indépendant consolidant l’État de droit et les libertés publiques. «Notre soutien au Liban se manifeste également bien entendu sur le plan politique. Vous savez que la France, qui a toujours plaidé la cause du Liban, considère que votre pays a droit à sa pleine indépendance, à sa sécurité et à sa souveraineté recouvrée sur l’ensemble de son territoire. Les Libanais ont droit à la paix, dans une région stabilisée. Nous sommes convaincus qu’un règlement durable ne peut être atteint que dans le cadre d’une paix globale concernant l’ensemble de la région. Nous souhaitons que le processus de paix, qui a connu un blocage au cours de trois dernières années, soit relancé et parvienne, comme le souhaite le Liban, à une application sans condition de la résolution 425 du Conseil de sécurité, gage du retour à l’indépendance et à la souveraineté de votre pays».
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