La reconnaissance annoncée de la prostitution comme profession à part entière ou presque excite les passions en Allemagne, érigeant les gardiens des bonnes moeurs contre les défenseurs de la justice sociale. Elles (et ils) seraient plus de 400 000 à vivre du plus vieux métier du monde en Allemagne. Un million d’hommes et de femmes solliciteraient quotidiennement leurs services, selon des chiffres difficilement vérifiables. Ces messieurs et ces dames de petite vertu paient comme d’autres l’impôt sur le revenu. Mais la prostitution féminine et masculine n’a pour ainsi dire d’existence légale que dans le code pénal. Cela va changer, vient d’annoncer la ministre sociale-démocrate de la Femme et de la Famille Christine Rergmann : un texte donnant ses premières lettres de légalité au trottoir sera présenté au début de l’année prochaine. L’activité ne sera plus alors considérée comme «contraire aux bonnes mœurs», les prostituées pourront bénéficier d’une couverture sociale, voire «saisir la justice pour se faire payer», exposait la ministre de Gerhard Schröder dans la presse à la fin de la semaine écoulée. Christine Bergmann allait jusqu’à envisager d’autoriser les contrats de travail pour les professionnels de l’amour, pour peu que cela ne serve pas les souteneurs. Les sociaux-démocrates, comme les Verts, nourrissaient déjà un projet semblable quand ils étaient encore dans l’opposition. Les alliés d’aujourd’hui dans le gouvernement de Gerhard Schröder avaient déposé une proposition de loi discutée en janvier 1998. Malgré l’avis favorable exprimé par maints experts en commissions, ils s’étaient heurtés à la coalition chrétienne-démocrate et libérale du chancelier Helmut Kohl. «Sinistre hypocrisie» Il s’agit, expliquait encore il y a quelques jours la ministre sociale-démocrate de la justice Herta Dauebler-Gmelin dans la presse, de «mettre fin à cette sinistre hypocrisie qui accepte la prostitution, mais voue les femmes aux enfers tout en favorisant leurs clients, dont elles ne peuvent réclamer leur salaire devant les juges». Si l’exercice du métier n’est pas pénalement répréhensible (mais fortement réglementé), sociaux-démocrates et Verts s’inquiètent de la précarité à laquelle destinent les porches et les alcôves : difficile, sinon impossible pour un ou une prostituée de contracter une assurance maladie, une cotisation retraite n’est pensable que si elle est privée et autant ne pas penser à une allocation chômage, se plaignent les organisations de défense des intérêts de la corporation. Mais les conservateurs continuaient à s’indigner. «On ne peut assimiler l’activité des prostituées à un service tel que le rend un guichet de poste», s’exclame dans le quotidien Die Welt Norbert Geis, en charge du droit dans le groupe parlementaire chrétien-démocrate. «La population continue à ressentir la prostitution comme une atteinte aux bonnes mœurs», assure-t-il. On invoquait la protection des valeurs et, à la très catholique CSU qui dirige la Bavière, on fustige les «ravages causés par ce message adressé aux femmes». La querelle s’exacerbe de considérations sexistes : une tête de liste écologiste à Berlin, Renate Kuenast, n’exige-t-elle pas la légalisation de prestations «que les hommes utilisent quasiment plus qu’aucune autre»?.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La reconnaissance annoncée de la prostitution comme profession à part entière ou presque excite les passions en Allemagne, érigeant les gardiens des bonnes moeurs contre les défenseurs de la justice sociale. Elles (et ils) seraient plus de 400 000 à vivre du plus vieux métier du monde en Allemagne. Un million d’hommes et de femmes solliciteraient quotidiennement leurs services, selon des chiffres difficilement vérifiables. Ces messieurs et ces dames de petite vertu paient comme d’autres l’impôt sur le revenu. Mais la prostitution féminine et masculine n’a pour ainsi dire d’existence légale que dans le code pénal. Cela va changer, vient d’annoncer la ministre sociale-démocrate de la Femme et de la Famille Christine Rergmann : un texte donnant ses premières lettres de légalité au trottoir sera présenté au...