La suspension pendant cinq ans du journal Salam, principale tribune des alliés politiques du président iranien Mohammad Khatami, constitue un coup sévère contre les réformateurs à six mois d’élections législatives cruciales. La fermeture de Salam, dirigé par l’hodjatoleslam Mohammad Khoeinia, prive les partisans des réformes politiques en Iran d’un dispositif important dans la mobilisation de l’opinion publique derrière le président Khatami, en vue des prochaines législatives. Beaucoup plus qu’un simple quotidien favorable à une certaine ligne politique, Salam était la véritable tribune des proches de M. Khatami qui leur permettait d’exprimer leurs points de vues dans différents domaines de la vie politique et sociale en Iran. Le patron du journal, M. Khoeinia, est tout comme le président Khatami, membre influent de l’Association des religieux combattants, une formation politico-religieuse radicale devenue réformatrice depuis l’élection triomphale du président Khatami en mai 1997. L’arrêt de la publication du journal, le 7 juillet dernier, au lendemain de l’adoption par le Parlement du principe d’une loi sur le durcissement des sanctions judiciaires envers la presse, avait entraîné des manifestations sans précédent dans les milieux d’étudiants à Téhéran et dans d’autres villes du pays. La justice, contrôlée par la puissante faction conservatrice du régime, a condamné le journal à cinq ans de suspension pour avoir publié «des informations mensongères». Le Tribunal spécial du clergé de Téhéran, une instance judiciaire d’exception chargée de statuer sur les délits commis par des membres du clergé, a également condamné M. Khoeinia, un religieux de 60 ans, à trois ans d’interdiction d’exercice du métier de journaliste. Tenant pendant des années d’une ligne révolutionnaire radicale, M. Khoeinia s’était rendu célèbre en 1979 en dirigeant pendant 444 jours la prise d’otages de l’ambassade américaine de Téhéran. Procureur de la république jusqu’en 1990, M. Khoeinia avait joué un rôle capital dans la mobilisation des milieux étudiants, intellectuels et universitaires derrière le président Khatami avant son élection triomplale de mai 1997 face à son rival conservateur Ali Akbar Nategh-Nouri, président du Parlement (Majlis). Le directeur de Salam était poursuivi en effet pour diverses accusations de diffamation émanant de responsables officiels mais surtout sur une plainte du ministère des Renseignements pour avoir publié une «lettre secrète» d’un agent des services de renseignements. Cet agent, Saïd Emami, accusé d’être l’instigateur d’une série d’assassinats d’opposants et d’intellectuels l’an dernier, s’est suicidé en prison le 20 juin dernier. Le rédacteur en chef du journal Salam, Abbas Abdi, avait comparu mardi devant une cour révolutionnaire pour répondre de plusieurs accusations lancées contre lui par des religieux des écoles coraniques, des intégristes et de la population. M. Abdi, lui aussi un ancien responsable de la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis, a été mis en liberté provisoire sous caution en attendant le verdict de la justice. La fermeture de Salam et la condamnation de ses responsables semblent être les premières d’une série de mesures à l’encontre des réformateurs à l’approche des élections législatives. Plusieurs journaux avaient déjà été fermés cette année, plusieurs autres sont désormais menacés de fermeture et des dizaines de journalistes du camp réformateur arrêtés par la justice, qui vient de codifier pour la première fois depuis la révolution islamique de 1979 les délits politiques. Si elle obtient l’approbation du gouvernement et le vote du Parlement, cette loi risque avant tout de restreindre davantage la marge de manœuvres des réformateurs. Cette loi considère en effet comme délits politiques «la propagation d’informations mensongères ou de rumeurs, tout contact et échange d’informations, d’interview et de complicité avec les ambassades, les organisations, les partis ou les médias étrangers».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La suspension pendant cinq ans du journal Salam, principale tribune des alliés politiques du président iranien Mohammad Khatami, constitue un coup sévère contre les réformateurs à six mois d’élections législatives cruciales. La fermeture de Salam, dirigé par l’hodjatoleslam Mohammad Khoeinia, prive les partisans des réformes politiques en Iran d’un dispositif important dans la mobilisation de l’opinion publique derrière le président Khatami, en vue des prochaines législatives. Beaucoup plus qu’un simple quotidien favorable à une certaine ligne politique, Salam était la véritable tribune des proches de M. Khatami qui leur permettait d’exprimer leurs points de vues dans différents domaines de la vie politique et sociale en Iran. Le patron du journal, M. Khoeinia, est tout comme le président Khatami, membre...