Le chef de l’État yougoslave Slobodan Milosevic, 57 ans, n’a cessé de défier l’Occident, poussant l’Otan à mener depuis plus de deux mois d’intenses bombardements contre la Yougoslavie. M. Milosevic est considéré en Occident comme le principal responsable du «nettoyage ethnique» au Kosovo. Le Haut-Commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR) estime à 965 975 le nombre total de réfugiés du Kosovo depuis le début du conflit, en mars 1998. Quelque 170 000 personnes avaient fui le Kosovo avant le 24 mars 1999, début des frappes de l’Otan, selon le HCR. Le président Milosevic a toujours affirmé que la grande majorité des Kosovars avaient fui la province en raison des bombardements de l’Otan. C’est en exploitant les tensions interethniques dans cette province à majorité albanaise qu’il avait établi son pouvoir il y a plus de dix ans. Juriste de formation, il a gravi les échelons de la nomenklatura au temps du communisme en jouant la carte du nationalisme, avant d’accéder en 1986 à la tête du Parti communiste de Serbie. Fils d’un théologien orthodoxe d’origine monténégrine et d’une mère communiste, M. Milosevic est né à Pozarevac (est de la Serbie) le 20 août 1941. Paradoxalement, celui qui a porté le coup fatal au titisme a réussi à prolonger en Serbie la vie du communisme en le réformant. En 1989, il lance une croisade pour le retour du Kosovo – devenu sous Tito en 1974 une province autonome – dans le giron serbe par une réforme de la Constitution. Depuis lors, cette province sera le théâtre d’incidents interethniques qui, en février 1998, provoqueront une rébellion des indépendantistes albanais, réprimée dans le sang par la police et l’armée. M. Milosevic s’est voulu dès sa première élection en 1990 le défenseur de tous les Serbes vivant dans l’ex-Yougoslavie. Il est considéré aujourd’hui encore en Occident comme le principal responsable du conflit sanglant qui a accompagné l’éclatement de l’ex-fédération. Son action en faveur des Serbes de Croatie et de Bosnie a valu à la République fédérale de Yougoslavie (RFY – Serbie et Monténégro) 52 mois de sanctions économiques internationales. Tacticien habile, M. Milosevic a néanmoins réussi à s’imposer comme l’unique interlocuteur, côté serbe, capable d’assurer la conclusion en décembre 1995 à Dayton (États-Unis) d’un accord de paix. C’est lui qui a contribué à la mise à l’écart de Radovan Karadzic, le chef des Serbes de Bosnie, aujourd’hui traqué et inculpé de crimes contre l’humanité et de génocide par la justice internationale. En 1996, son pouvoir a été ébranlé par 87 jours de manifestations de l’opposition. Il avait alors perdu l’appui de ses plus fidèles zélateurs : l’Église orthodoxe, l’Association des écrivains de Serbie, les dirigeants du Monténégro et ceux de l’entité serbe de Bosnie. Milosevic troquera en juillet 1997 son poste de président de la Serbie contre celui de président de la RFY, en dépit d’une forte opposition des jeunes réformateurs monténégrins. Fort du soutien que lui prêtent la police et l’armée, la majorité des membres de son Parti socialiste (SPS) et les médias qui lui sont inféodés, M. Milosevic continuera de se comporter en maître absolu du pays. Il renforcera son pouvoir au début de 1998 en formant une coalition avec les ultranationalistes de l’ancien chef paramilitaire Vojislav Seselj. Il en résultera un durcissement du régime, sous couvert de «la défense de l’intégrité du pays».
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