Jean-Marie Leblanc voit un signe du destin dans l’absence de vedettes qui coïncide avec l’espoir d’une renaissance pour le cyclisme et le Tour de France. Le directeur du Tour, coureur puis journaliste avant de prendre les commandes de l’épreuve en 1989, espère en avoir terminé avec sa période de pénitence entamée voici un an. À l’approche du départ du Puy-du-Fou (Vendée), samedi, il fait part à l’AFP de ses certitudes, de ses doutes, de ses espoirs : Êtes-vous certain du succès du Tour ? Je n’ai aucune inquiétude sur le succès populaire du Tour de France. Je suis persuadé qu’après quatre à cinq jours, si c’est un jeune homme de 24 ans qui prend le maillot jaune, s’il est français de surcroît, le public va l’adopter instantanément. C’est parti pour être le Tour du renouveau. Pour quelle raison ? J’ai le sentiment, mais peut-être suis-je un peu trop attentif au destin, que ce qui nous arrive va déboucher sur une bonne chose. Il n’y aura pas de vedette au départ du Tour 99. Le destin, en pénalisant Ullrich et Riis, est venu compléter la liste des absents. J’y vois comme un signe que c’est vraiment le renouveau qui va s’accomplir, que le vainqueur sera forcément une nouvelle tête, un adepte des nouvelles méthodes, des nouvelles mœurs. J’espère et je pense que le public va le comprendre. Ce n’est pas que je voue quelque rancune à ceux qui ne seront pas là. Mais, enfin, une période a été fermée l’année dernière. Avez-vous des motifs d’être confiants pour la lutte antidopage ? À la réunion de l’Union cycliste internationale (22 juin), le Pr Mangin et le Dr Schattenberg, les deux experts de l’UCI, nous ont affirmé leur quasi-certitude qu’à la fin de l’année sans doute l’EPO serait définitivement détectable, qu’ils disposaient de paramètres secondaires leur permettant d’approcher de la détection et qu’ils avaient en tout cas depuis l’instauration des tests sanguins des informations leur permettant de savoir où l’on prenait encore des libertés avec l’hématocrite chez certains coureurs ou certaines équipes. Ils nous ont dit que dans le Tour de France, ils s’efforceraient de faire des tests sanguins plus approfondis, plus ciblés et peut-être plus nombreux. Pour vous, quelle journée s’est révélée la plus difficile ? «Peut-être un jour de la semaine dernière, plus difficile encore que le jour où il a fallu annoncer les sanctions. Le 23 juin, deux événements m’ont ébranlé. Premièrement, la visite de M. Buda, patron de la petite PME italienne Sidermec qui est sorti de mon bureau en pleurant alors que je venais de faire sa connaissance et de comprendre que ce monsieur donnait de l’argent dans le cyclisme, presque sous forme de mécénat, depuis vingt ans. Il avait entrevu son rêve de participer au Tour de France et, le lendemain, à cause de l’affaire Honchar, il s’est vu récuser. Sur le plan humain, cela m’a été très désagréable. Et l’autre évènement ? Au cours de la même journée, a éclaté la “petite” affaire Festina. Même symboliquement, j’ai été atterré parce que cela voulait dire qu’à une semaine du Tour de France et après douze mois de combat, il y avait encore des gens qui n’avaient pas compris. J’étais tellement persuadé, je le suis encore, que le dopage reculait, que les mentalités avaient changé, que le vent du boulet était passé si près, qu’il y avait une adhésion globale... Croyez-vous vraiment la partie en passe d’être gagnée ? Depuis douze mois, je passe par des périodes sinusoïdales. Il y a des moments où je crois que l’on est sur le bon chemin, que le cyclisme et le Tour ont gagné. Il y a d’autres moments où le doute revient. Avez-vous été en proie au découragement ? Non. S’il y a eu période de découragement, c’était pendant le Tour de France 1998. Mais, comme d’autres naturellement, je me suis mis au travail. Aujourd’hui, j’ai la conviction que l’on peut en sortir, qu’on va en sortir. Ce n’est pas à ce moment-là que je vais lâcher les rênes. C’est plus gratifiant et plus intéressant de réussir le sauvetage que d’être confronté au naufrage.
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