La Boudeuse, réplique d’une jonque chinoise du XVIIe siècle, a mis les voiles, dimanche à Sihanoukville, pour un périple mi-aventurier mi-scientifique d’un an dans le sillage du célèbre explorateur français du siècle des Lumières, Bougainville. À la barre de La Boudeuse, qui marie esthétique traditionnelle et haute technologie, se tient Patrice Franceschi, 44 ans, vice-président de la Société des explorateurs français. «Le bateau nous a agréablement surpris lors des tests. Il file bien, toutes voiles dehors», a expliqué le mécanicien en chef René Guermeur avant le départ depuis le port méridional cambodgien de Sihanoukville, dans le golfe de Thaïlande. Un départ retardé de plusieurs semaines par la bureaucratie du Cambodge. Construite en bois mais bénéficiant d’un armement high tech, la jonque est un trois-mâts de 30 mètres aux voiles rouges, adapté aux conditions maritimes les plus dures et transformé en navire d’exploration avec atelier et salle d’informatique. L’équipe française devra braver les pirates et les vents de mousson pour se lancer à la redécouverte d’une myriade d’îles de l’Insulinde tombées dans l’oubli, éparpillées entre l’Inde et les archipels de l’Asie du Sud-Est, lors d’une longue expédition dans l’esprit de celle baptisée autrefois L’esprit de Bougainville. Lancée dans l’esprit du siècle des Lumières, celle-ci a été conçue en hommage au navigateur français Louis Antoine de Bougainville (1729-1811), qui de 1766 à 1769 entreprit une expédition scientifique autour du monde. Le rêve et la science À bord de leur jonque qui porte le même nom que la frégate du XVIIe siècle, Patrice Franceschi et ses 16 équipiers sont partis pour un périple qui devrait les conduire des îles Adaman (Inde) à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, en passant par Sumatra, le détroit de la Sonde, la côte septentrionale de Java, la mer de Banda, les Moluques, Bornéo et les Sulu, dans une région de plus de 30 000 îles dont certaines sont encore largement méconnues. La campagne comprend cinq expéditions terrestres, plus une exploration sous-marine, pour lesquelles une trentaine de chercheurs du Musée National d’Histoire naturelle, du Centre national de la recherche scientifique, du Musée de l’Homme, des universités Paris-T et Paris-IV et de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) se relaieront, à raison d’un ou plusieurs mois, ou participeront à sa totalité. L’expédition se traduira par six films documentaires diffusés sur la chaîne publique française France 2 à partir de l’été 2000. Au-delà du rêve et du romantisme de l’entreprise, il s’agit d’une étude scientifique tous azimuts dans le plus vaste dédale d’îles de la planète, entre le golfe du Bengale et la Mélanésie. Anthropologie, archéologie sous-marine, spéléologie, cartographie, étude de la faune et de la flore : toutes les disciplines chères aux encyclopédistes seront présentes et Patrice Franceschi souligne «l’alliance totale de la littérature et de la science» dans ces découvertes d’îles oubliées. Parmi les buts de l’exploration : une connaissance plus approfondie de certaines petites tribus d’Andaman et des Moluques, une encyclopédie d’une île des Sulu et la découverte d’un bateau naufragé il y a 2 500 ans. Un site Internet (www.esprit-de-bougainville.org) suivre tout le parcours des six expéditions auxquelles ont été donnés les noms des principaux compagnons de Bougainville dans son tour du monde, marins, savants ou officiers.
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