La Suisse neutre a décidé d’envoyer un contingent de 160 soldats non armés au Kosovo pour montrer à la communauté internationale qu’elle entend participer pleinement aux opérations de maintien de paix. Cette décision, tardive, plus de deux semaines après la fin des bombardements de l’Otan, témoigne du désir du Conseil fédéral (gouvernement) d’échapper aux critiques de repli qui sont régulièrement portées contre la Suisse. Elle s’accompagne depuis le début de la crise du Kosovo d’une aide financière substantielle aux Balkans et à un accueil généreux des réfugiés kosovars. Mais, comme le titre jeudi Le Temps de Genève, c’est un «bel effort dérisoire». 160 soldats volontaires suisses, non armés, serviront dès septembre d’auxiliaires dans le bataillon autrichien de la Kfor, qui dépendra du commandement allemand, à Prizren, dans le sud-est du Kosovo. Ils œuvreront à des tâches de logistique, distribueront de l’eau, participeront à des travaux de reconstruction, etc. En annonçant cette décision à Berne, le ministre de la Défense, Adolf Ogi, a affirmé qu’ainsi la Suisse ne sera pas placée sous le contrôle direct du commandement de l’Otan et qu’aucun problème n’en résultera pour son statut de neutralité. En même temps, la Suisse a annoncé qu’elle allait mettre sur pied un pool d’observateurs de police civile pour des missions de maintien de la paix, qui auront essentiellement pour tâche de former et de conseiller des organes de police dans les pays en crise. Enfin, Berne prévoit de fournir à l’OSCE et à l’Onu, de 50 à 100 experts pour contribuer au rétablissement d’institutions démocratiques au Kosovo. La Suisse n’est membre ni de l’Onu ni de l’Union européenne ni du G7 ni de l’Otan. Les seules instances auxquelles elle a adhéré sont l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Conseil de l’Europe. Politique de « neutralité active » Pour la Suisse, qui a déjà envoyé des observateurs civils et militaires en Bosnie et en Croatie, la véritable nouveauté est l’envoi de soldats dans le cadre d’une opération de l’Otan, manifestant ainsi son désir d’une politique de «neutralité active». La presse suisse a en général salué ce pas, tout en estimant que leur présence sera bien symbolique. Elle laisse aussi «un mauvais goût», estime la Neue Zurcher Zeitung (NZZ) en posant le problème des militaires non armés en mission. Ce contingent aux capacités d’action très limitées exposera une nouvelle fois devant les yeux de la communauté internationale le «Sonderfall» («cas spécial») suisse. Or, «une armée fière de son armement moderne ne peut plus se permettre d’être sous la protection d’autres armées», estime le quotidien alémanique. Cela pourrait cependant ouvrir un débat et conduire à «une acceptation de la révision de la loi militaire suisse», espère la NZZ. Le gouvernement suisse ressent péniblement son «splendide isolement» après la gifle qu’a été la défaite de Sion face à Turin dans la course aux Jeux olympiques d’hiver 2006, samedi dernier. Le gouvernement mène un combat de longue haleine contre une majorité de son opinion publique qui a confirmé au cours de votes successifs ces dernières années son attachement à sa neutralité traditionnelle. «La Suisse avait l’humanitaire et la neutralité. L’humanitaire, désormais, tout le monde en fait, et la neutralité a perdu sa légitimité», relève Le Temps, pour qui les «bérets jaunes» suisses au Kosovo serviront peut-être à faire évoluer les Suisses : un effet «pédagogique».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Suisse neutre a décidé d’envoyer un contingent de 160 soldats non armés au Kosovo pour montrer à la communauté internationale qu’elle entend participer pleinement aux opérations de maintien de paix. Cette décision, tardive, plus de deux semaines après la fin des bombardements de l’Otan, témoigne du désir du Conseil fédéral (gouvernement) d’échapper aux critiques de repli qui sont régulièrement portées contre la Suisse. Elle s’accompagne depuis le début de la crise du Kosovo d’une aide financière substantielle aux Balkans et à un accueil généreux des réfugiés kosovars. Mais, comme le titre jeudi Le Temps de Genève, c’est un «bel effort dérisoire». 160 soldats volontaires suisses, non armés, serviront dès septembre d’auxiliaires dans le bataillon autrichien de la Kfor, qui dépendra du...