L’Otan a mis un terme définitif à son premier conflit contre un pays souverain, la Yougoslavie, où elle a envoyé des dizaines de milliers de militaires pour garantir, au Kosovo, un processus de paix et de reconstruction qui s’annonce long et difficile. «Agissant sous l’autorité confiée par le Conseil de l’Otan (ambassadeurs), j’ai décidé de mettre fin, avec effet immédiat, à la campagne aérienne, que j’avais suspendue le 10 juin 1999», a annoncé le secrétaire général de l’Alliance Javier Solana, après avoir reçu notification des militaires alliés de l’achèvement du retrait du Kosovo des forces de Belgrade. Environ 41 000 membres relevant de ces forces, policiers et militaires, ont quitté la province serbe en moins de onze jours. La «suspension» des bombardements avait été décidée par l’Otan après l’acceptation par le président yougoslave Slobodan Milosevic des exigences internationales pour mettre un terme à la violence dans la province serbe. L’arrêt définitif de l’opération Force alliée, lancée le 24 mars et marquée par 79 jours de raids aériens, va se traduire par le retour dans leurs bases d’origine de la plupart du millier d’avions mobilisés pour cette mission de guerre. Les autres vont continuer à surveiller le Kosovo et assurer la protection le cas échéant des troupes alliées en cours de déploiement dans la province. Au total, quelque 50 000 militaires d’une trentaine de pays, dont 3 600 Russes, sont en voie de prendre le contrôle du Kosovo au sein de la Force de paix (Kfor) dirigée par l’Otan. Leur mission principale est de «sécuriser» la province, afin de permettre un retour dans leurs foyers de centaines de milliers de personnes déplacées et réfugiées, en situation précaire au Kosovo et dans les pays voisins, tandis qu’un vaste plan de reconstruction civile des Balkans sera mis en place. D’emblée, les militaires de l’Alliance ont été contraints d’endosser un rôle de gendarmes pour tenter de limiter pillages et règlements de comptes menés par des Kosovars albanais, avides de revanche sur la minorité serbe. La neutralisation de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), qui représente une mission majeure pour la Kfor, risque à cet égard d’être difficile. L’Otan a choisi de la «démilitariser» sans la «désarmer». Ses membres vont devoir stocker dans des sites sous contrôle de la Kfor leurs armements d’un calibre supérieur à 12,7 mm et de ne plus paraître en public en uniforme ou en armes. La force de paix a aussi pour fonctions d’aider à déminer le Kosovo, à reconstruire les infrastructures (ponts, routes) détruites par les bombardements de l’Alliance et de faciliter un retour organisé des réfugiés. Ces derniers n’ont pas attendu d’être invités à regagner leurs lieux d’origine et plusieurs milliers d’entre eux ont déjà pris le chemin du retour, amplifiant un exode de civils serbes, livrés à eux-mêmes après le retrait des troupes yougoslaves et doutant des promesses de protection par la Kfor. Alors que chaque jour apporte son lot de nouvelles découvertes macabres, les militaires de la force de paix vont être amenés de plus en plus à aider les enquêtes du Tribunal pénal international (TPI) de La Haye. M. Milosevic a été inculpé de crimes de guerre et contre l’humanité, comme plusieurs autres responsables, mais la Kfor n’a le mandat d’arrêter les criminels présumés qu’en cas de rencontre avec eux dans l’exercice de ses missions et à la condition que cette opération soit sans risques. Les militaires de la Kfor envoyés au Kosovo vont y rester longtemps. Au moins trois ans, selon l’Allemagne. En Bosnie, cela fait maintenant près de quatre ans que l’Otan, avec encore 30 000 hommes, maintient une paix précaire entre des communautés serbe, croate et musulmane refusant de vivre ensemble. Au Kosovo, il s’agit non d’un pays mais d’une province qui, après avoir été vidée par la force et la menace de sa population d’origine albanaise, est aujourd’hui désertée par ses habitants serbes. La réconciliation devrait comme en Bosnie prendre dans cette région des Balkans beaucoup de temps et d’argent.
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