Par un de ces coups de théâtre qui font le sel des grandes négociations, les pourparlers interminables (quatre jours et une nuit) sur le retrait militaire serbe du Kosovo se sont achevés sur l’annonce d’un accord à peine imaginable quelques heures plus tôt. Au terme d’un renversement de situation dont on ignore encore le dessous des cartes, la délégation yougoslave est subitement revenue à la table, quelques minutes seulement après que le porte-parole de l’Otan Robin Clifford eut annoncé l’ajournement des travaux forcés de recherche de la paix au Kosovo. Il est 18h15. Les principaux négociateurs serbes, le général Marjanovic, de l’état-major de l’armée, et le porte-parole de la diplomatie yougoslave, Neboja Vucovic, ont quitté une heure et demi plus tôt la base de Kumanovo affectée aux forces françaises. Devant la grande tente kaki en forme de cylindre qui tient lieu de salle de réunion, le Britannique Robin Clifford s’avance au micro, planté devant la tente : «M. Vucovic doit rentrer à Belgrade pour y avoir des consultations à un haut niveau», et le chef de l’Otan en Macédoine, le général Michael Jackson, a décidé de suspendre les pourparlers jusqu’au lendemain jeudi, déclare-t-il. Moins de dix minutes après l’annonce, des militaires de l’Otan font de grands signes aux chefs des principaux contingents de l’Alliance qui assistent le général Jackson : faites demi-tour! La moitié des journalistes présents (plus d’une centaine) a commencé à plier bagage. Robin Clifford fait savoir discrètement : «Restez, il va y avoir quelque chose de bien pour vous». Devant la tente, le dispositif de sécurité demeure en place. La rumeur d’un retour des Serbes se répand. Une demi-heure s’écoule, et voilà M. Vujovic de retour, dans une berline blanche aux vitres teintées. Les Yougoslaves se trouvaient à la frontière et, de là, «nous avons reçu un message de leur part : ils veulent reprendre les discussions», explique le lieutenant-colonel Clifford. Les Yougoslaves s’engouffrent dans un préfabriqué à moins de 20 m de la tente. La séance plénière reprend. L’accord est tout de suite signé précisera ensuite le chef du contingent français, le général Bruno Cuche. Les rares indications fournies tout au long de la journée, après une nuit de discussions sans conclure, n’étaient pourtant guère encourageantes. «Il n’y a pas de percée», expliquait en fin de matinée un autre porte-parole de l’Otan, le major Tray Cate. En milieu d’après-midi, Robin Clifford soulignait la difficulté de «prendre en compte», dans l’accord sur le retrait serbe du Kosovo, l’accord du G8 et le projet de résolution de l’Onu. Les négociateurs y parviendront et, 48 heures après avoir fait étalage de sa colère et de son ressentiment contre les Serbes après deux jours de pourparlers infructueux, le général Jackson peut annoncer «une bonne nouvelle».
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