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Actualités - Reportages

Les déboires de P. Neema avec l'administration(photo)

Le combat de Pierre Neema, architecte de la Maison de l’Artisan en collaboration avec Jacques Aractingi et Joseph Nassar, s’étale sur plusieurs années, au cours desquelles cet homme, actuellement doyen de la faculté d’architecture de l’Alba (Académie libanaise des Beaux-Arts), estime n’avoir eu droit qu’à de belles paroles, ponctuées de promesses, jamais tenues. En décembre 1993, suite à une circulaire distribuée dans les universités et annonçant l’organisation d’un concours pour la réhabilitation de la Maison de l’Artisan, Pierre Neema rencontre Élie Hobeika, alors ministre des Affaires sociales et des Ressources hydrauliques et électriques. Il lui remet les dossiers d’exécution et les spécifications d’origine de la construction et se met à sa disposition pour tout complément d’études et de suivi de chantier. Autrement dit, Pierre Neema offre ses services gratuitement à l’État libanais. À l’époque, les travaux sont estimés par l’entrepreneur Maroun Hélou à 500 000 dollars environ, sur base des plans et des spécifications établis par l’architecte. Mais en juin 1994, après l’établissement de nouveaux plans et spécifications par la société Oger Liban, un appel d’offres est lancé pour la réhabilitation de plusieurs bâtiments gouvernementaux, projet financé par l’Arabie séoudite. Un lot de trois bâtiments est adjugé à l’entrepreneur Sleiman Haddad en date du 22 août 1994, dont la Maison de l’Artisan seule pour 300 millions de livres libanaises. L’entrepreneur entame alors les travaux. L’architecte Pierre Neema ainsi que Joseph Nassar, ingénieur de structure et concepteur d’origine de la Maison de l’Artisan, se mettent gracieusement à sa disposition pour l’aider dans sa tâche. Cependant, des anomalies graves sont constatées dans les nouvelles spécifications. L’épaisseur des vitres n’est pas conforme aux normes de sécurité requises et les plans délivrés à l’entrepreneur ne mentionnaient pas le sous-sol, pourtant inclus dans les travaux. Sleiman Haddad abandonne alors les travaux après s’être vu refuser un supplément d’un million de dollars. Des architectes qui refusent le projet En juin 1997, Béchara Nammour demande à l’architecte Jacques Liger Belair une étude pour l’aménagement de la Maison de l’Artisan. Mais l’intéressé refuse, par déontologie, et renvoie M. Nammour au concepteur du projet. Un entretien a lieu entre Pierre Neema et Béchara Nammour au cours duquel ce dernier se rétracte, prétextant que la surface, trop petite, ne l’intéressait nullement. Mais en décembre 1997, le ministère des Affaires sociales confie quand même le projet à Idarat, donc à Béchara Nammour, en BOT (Build, Operate and Transfer). Un nouveau programme est établi sur base de nouvelles données, par l’architecte Pierre el-Khoury. Celui-ci assure à l’ancien concepteur que son projet respectera l’architecture initiale. Mais les pressions sont grandes et l’exécution s’éloigne nettement de l’idée initiale de Pierre Neema. En août 1998, Pierre el-Khoury renonce, lui aussi, devant la détermination de Béchara Nammour à adopter le projet du décorateur français Jacques Garcia, projet dont l’idée est totalement opposée à l’architecture initiale. C’est alors que Pierre Neema demande par écrit à Assem Salam, président de l’Ordre des ingénieurs, d’ordonner une enquête pour définir les responsabilités et déférer l’ingénieur contrevenant ayant signé le permis devant le conseil de discipline de l’Ordre. M. Salam tente de protéger les droits de l’architecte par diverses lettres au ministère des Affaires sociales. Les travaux ne s’en poursuivent pas moins. Il finit alors par convoquer l’ingénieur contrevenant et lui impose l’enregistrement du permis à l’Ordre sans sanction aucune, malgré des travaux d’aménagement et d’agrandissement effectués sur une zone interdite à la construction et, de surcroît, sans permis, ce dernier n’ayant été signé qu’en décembre 1998. Et voilà comment un bâtiment qui a figuré sur des timbres postaux, une œuvre dont les photos ont été publiées dans la revue de la prestigieuse université de Harvard, a été transformé en complexe balnéaire dont le seul but est le profit, dont l’architecture fait un pied de nez à la culture libanaise et représente un défi au code de déontologie de la profession d’architecte. Et dire que la Maison de l’Artisan avait été construite du temps du président Fouad Chéhab pour encourager le travail artisanal libanais, et qu’avant la guerre, l’Office du développement social ne percevait que des sommes minimes, uniquement par soucis de leur permettre aux artisans de développer leur art et d’en vivre décemment… Mais c’était une autre époque.
Le combat de Pierre Neema, architecte de la Maison de l’Artisan en collaboration avec Jacques Aractingi et Joseph Nassar, s’étale sur plusieurs années, au cours desquelles cet homme, actuellement doyen de la faculté d’architecture de l’Alba (Académie libanaise des Beaux-Arts), estime n’avoir eu droit qu’à de belles paroles, ponctuées de promesses, jamais tenues. En décembre 1993, suite à une circulaire distribuée dans les universités et annonçant l’organisation d’un concours pour la réhabilitation de la Maison de l’Artisan, Pierre Neema rencontre Élie Hobeika, alors ministre des Affaires sociales et des Ressources hydrauliques et électriques. Il lui remet les dossiers d’exécution et les spécifications d’origine de la construction et se met à sa disposition pour tout complément d’études et de...