Le chef de la diplomatie russe, Igor Ivanov, s’est rendu hier en Chine pour une visite de 24 heures alors que les relations entre Pékin et Moscou, liés par un «partenariat stratégique», connaissent une embellie depuis le début de la guerre du Kosovo. Mais pratiquement personne à Pékin n’envisage un retour rapide à un axe Pékin-Moscou pour contrer les États-Unis. «Le conflit du Kosovo a rapproché les deux anciens alliés socialistes mais ce rapprochement n’a pas encore abouti à des initiatives communes», relève un analyste diplomatique occidental. «Il est hors de question de recréer un front uni antiaméricain, cela n’intéresse ni Moscou, ni Pékin, nous ne sommes plus à l’époque de la guerre froide», a renchéri pour sa part un diplomate russe à Pékin, une position également défendue par M. Jin Junhui, un chercheur de l’Institut chinois des relations internationales qui dépend du ministère chinois des Affaires étrangères. «La Chine ne veut pas d’une alliance, elle souhaite un monde multipolaire», explique-t-il tout en reconnaissant que Pékin et Moscou se sont rapprochés de façon notable ces derniers mois «sur plusieurs questions, y compris sur le Kosovo». Des signes de convergence étaient apparus dès avant la guerre du Kosovo, qu’il s’agisse de l’opposition commune à l’extension de l’Otan vers l’Est, ou encore des critiques émises face au renforcement des liens unissant Washington à plusieurs pays asiatiques dont le Japon en matière de défense. Sur le Kosovo, les deux pays se sont, dès le début de l’intervention de l’Otan, retrouvés côte à côte pour défendre le respect de la souveraineté de chaque nation face à l’ingérence humanitaire ainsi que la nécessité d’un assentiment du Conseil de sécurité de l’Onu pour tout déploiement de forces internationales dans une zone de conflit. Mais la tâche de M. Ivanov, qui visite la Chine moins de trois semaines après celle de l’envoyé spécial russe Victor Tchernormyrdine, afin d’essayer de rallier la Chine à une solution négociée au conflit du Kosovo, ne devrait guère s’avérer plus facile. Depuis le bombardement de son ambassade à Belgrade par l’Otan le 7 mai, la Chine, qui s’estime désormais victime du conflit, a adopté une position très rigide, contrastant avec les efforts de médiation effectués par Moscou pour trouver une solution politique. M. Ivanov, selon des sources russes, devrait informer les dirigeants chinois du plan russe de déploiement au Kosovo d’une «présence» internationale sous l’égide de l’Onu qui, selon l’agence Itar-Tass, aurait été accepté par le président yougoslave Slobodan Milosevic. Pékin, qui insiste sur l’arrêt total des frappes de l’Otan avant toute discussion à l’Onu ainsi que sur l’accord de la Yougoslavie à toute solution négociée du conflit, n’a pas encore réagi à ce plan, annoncé après l’acceptation par Belgrade des principes généraux du G8, les sept pays les plus industrialisés et la Russie. La vague d’indignation antiaméricaine qui a déferlé sur la Chine après le bombardement de l’ambassade, encore aggravée par les dernières accusations américaines d’espionnage portées contre Pékin, devrait par ailleurs profiter aux relations militaires sino-russes. Ces relations, déjà étroites, devraient continuer à se développer rapidement, note un analyste occidental qui émet en revanche de sérieux doutes sur la possibilité d’un «triangle stratégique Chine-Russie-Inde» mis en avant par Moscou, parce que, dit-il, «Pékin fait preuve de trop d’animosité vis-à-vis de l’Inde». Parmi les obstacles au développement du «partenariat stratégique» entre Pékin et Moscou figure également en bonne place le commerce, sans commune mesure avec celui existant entre Pékin et Washington, et qui continue à battre de l’aile, avec une baisse des exportations chinoises de 45 % au cours des quatre premiers mois de cette année. Au-delà du commerce, la désintégration politique de la Russie et son incapacité à absorber le système capitaliste pourraient également constituer de sérieux obstacles à un véritable rapprochement sino-russe, selon M. Rafic Aliev, un membre de l’Académie russe des sciences militaires.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le chef de la diplomatie russe, Igor Ivanov, s’est rendu hier en Chine pour une visite de 24 heures alors que les relations entre Pékin et Moscou, liés par un «partenariat stratégique», connaissent une embellie depuis le début de la guerre du Kosovo. Mais pratiquement personne à Pékin n’envisage un retour rapide à un axe Pékin-Moscou pour contrer les États-Unis. «Le conflit du Kosovo a rapproché les deux anciens alliés socialistes mais ce rapprochement n’a pas encore abouti à des initiatives communes», relève un analyste diplomatique occidental. «Il est hors de question de recréer un front uni antiaméricain, cela n’intéresse ni Moscou, ni Pékin, nous ne sommes plus à l’époque de la guerre froide», a renchéri pour sa part un diplomate russe à Pékin, une position également défendue par M. Jin Junhui,...