Les habitants de Belgrade exprimaient hier leur stupéfaction, mêlée de rancœur et d’une profonde lassitude devant l’intensification des raids de l’Otan, après plusieurs jours de calme relatif qui ont suivi l’acceptation d’un plan de paix par le président Slobodan Milosevic. Alors que le conflit boucle sa onzième semaine, Nada, 38 ans, employée de banque, se dit «choquée et profondément déçue». «Y a-t-il une fin à toute cela ? J’avais espéré que la paix tant attendue était revenue. Nous venions de passer un week-end comme avant, en famille, nous avions retiré des vitres les bandes adhésives. Et puis, brusquement, les sirènes et des détonations ont retenti. Je l’ai vécu encore plus mal qu’avant». «C’est un vrai cauchemar. Cela devient insupportable», renchérit Milka, une retraitée de 72 ans. «Je ne sais plus ce qu’ils nous veulent. Nous leur avons tout permis. Alors, pourquoi continuent-ils à détruire ? Ils négocient et bombardent en même temps, on n’a jamais vu cela !» Milka ignore que Milosevic a accepté le déploiement de soldats de l’Otan au Kosovo : «Nous sommes d’accord pour qu’ils envoient une force de paix, et ils veulent maintenant y mettre des troupes de l’Otan», s’indigne-t-elle. Pour elle, les Occidentaux n’ont qu’un objectif : «Le Kosovo, les Kosovars, ils s’en moquent, ce qu’ils veulent c’est anéantir tout ce qui est serbe». Ivana et Andjela, deux jeunes femmes attablées dans un établissement de restauration rapide du centre-ville, ne cachent pas leur amertume. «Que faire quand on est l’objet de pressions de toutes parts ? Mais nous devons tenir bon. Il faut bien qu’on en finisse, il n’y a pas d’autre solution», dit Ivana, 28 ans, enceinte et au chômage. «Le plan de paix ? Il faut croire qu’il est bon, mais il y a beaucoup de détails que nous ignorons, nous le verrons plus tard». «Ce qui est terrible, c’est que nous nous étions relâchés après quelques jours de calme. C’est la raison pour laquelle j’ai eu aussi peur que le premier jour des bombardements», confie-t-elle. Mladen, un juriste des 48 ans, se montre très critique envers le président Slobodan Milosevic, tout en s’abstenant de prononcer son nom. «Tout cela aurait dû se terminer bien avant et nous n’aurions pas vécu tout cela. On sait très bien à qui la faute : à nos dirigeants, qui ont tout fait de travers. Ils n’ont même pas consulté le peuple et nous ont poussés dans l’abîme». «Je le supporte très mal, car j’en viens à penser que ça ne finira jamais», dit Dragan, 73 ans, qui essaie d’arrondir ses fins de mois en vendant des bougies dans la rue. «Pendant le week-end, j’étais allé au bistrot rencontrer des amis que je n’avais pas vus depuis trois mois. Maintenant, je serai plus prudent. L’Otan impose sa volonté. Le peuple lui importe peu, ce qu’elle veut c’est nous prendre des territoires», assure-t-il. Bojana, une étudiante de 22 ans, a passé une nuit blanche : «À chaque détonation, j’attendais de voir où la bombe allait tomber. L’Otan se venge parce que nous n’avons pas respecté nos engagements». «Je m’attendais à ce qu’ils continuent à nous bombarder. Personne ne nous dit rien, nous ne savons pas ce qui a été signé», explique Marko, un bouquiniste de 20 ans. «Ce que je sais, c’est que je ferai tout pour quitter le pays. Nous autres jeunes ne pouvons rien changer, car c’est un pays de vieux. Tant que le régime n’aura pas changé, la vie ne sera pas meilleure».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les habitants de Belgrade exprimaient hier leur stupéfaction, mêlée de rancœur et d’une profonde lassitude devant l’intensification des raids de l’Otan, après plusieurs jours de calme relatif qui ont suivi l’acceptation d’un plan de paix par le président Slobodan Milosevic. Alors que le conflit boucle sa onzième semaine, Nada, 38 ans, employée de banque, se dit «choquée et profondément déçue». «Y a-t-il une fin à toute cela ? J’avais espéré que la paix tant attendue était revenue. Nous venions de passer un week-end comme avant, en famille, nous avions retiré des vitres les bandes adhésives. Et puis, brusquement, les sirènes et des détonations ont retenti. Je l’ai vécu encore plus mal qu’avant». «C’est un vrai cauchemar. Cela devient insupportable», renchérit Milka, une retraitée de 72 ans....