Les Israéliens revivaient dimanche le drame de la perte du sous-marin Dakar, disparu mystérieusement avec tout son équipage en Méditerranée en 1968, et dont l’épave a été retrouvée vendredi dernier. Les radios diffusaient à longueur de journée des enregistrements des 69 marins chantant en cœur avant leur départ pour le voyage inaugural du bâtiment, qui fut le dernier, et des témoignages poignants de leurs familles. Les télévisions passaient et repassaient un film montrant l’équipage en uniforme de parade prenant possession du navire dans le chantier naval britannique de Portsmouth en janvier 1968. Les journaux, qui consacraient leurs manchettes à la découverte de l’épave, publiaient des informations très techniques sur les recherches et s’interrogeaient sur la possibilité d’identifier des corps 31 ans après. L’affaire est parvenue jusqu’au gouvernement. Lors de l’une de ses ultimes réunions, le Cabinet sortant du Premier ministre Benjamin Netanyahu a entendu un rapport du chef d’état-major Shaoul Moffaz, a-t-on appris de source officielle. M. Netanyahu a demandé à la Marine israélienne de faire tout son possible pour remonter l’épave, qui repose à 2 900 mètres de fond. Les militaires ont estimé la tâche impossible vu la profondeur. «L’émotion qui étreint les Israéliens révèle une fois de plus le prix qu’on attache dans ce pays aux soldats disparus, morts ou vifs», a estimé le sociologue et psychologue Reuven Gal. Cette caractéristique israélienne s’explique par des raisons à la fois «religieuses, politiques et militaires», a-t-il précisé. «Pour la loi religieuse, le corps d’un juif est sacré et aussi longtemps que ce corps n’a pas été retrouvé, il est en règle générale interdit à la veuve de se remarier, de crainte de bigamie», a-t-il noté. Dans le cas du Dakar, il aura fallu dix ans pour que le rabbinat reconnaisse les épouses des 69 marins comme des veuves. «D’un point de vue politique, le drame des disparus permet de réunir à nouveau les Israéliens dans une grande famille, après les déchirures de la campagne électorale», ajoute M. Gal. Mais l’aspect militaire est tout aussi important, selon cet ancien psychologue en chef de la marine : «Un soldat israélien sait que son pays fera l’impossible pour le ramener chez lui, au point qu’Israël a déjà échangé des prisonniers libanais ou palestiniens contre des corps de ses soldats». Le Dakar a été porté disparu le 24 janvier 1968 alors qu’il naviguait au sud de l’île grecque de Crète. Il a été retrouvé dans ce secteur par l’équipage d’un bateau appartenant à une société américaine et affrété par la marine de guerre israélienne. En août 1997, l’US Navy avait mis à la disposition d’Israël son sous-marin nucléaire N.R-1, spécialisé dans les recherches en eau profonde, pour sonder la mer Égée et le littoral septentrional de la presqu’île du Sinaï (Égypte). Les recherches avaient été longtemps orientées dans cette fausse direction à la suite la découverte en 1969 d’un flotteur du submersible sur une plage du Sinaï alors occupé par Israël. La marine israélienne avait pris au sérieux des informations d’origine égyptienne selon lesquelles le sous-marin aurait été coulé par l’Égypte. Selon les estimations des experts cités par la presse, le Dakar aurait été écrasé par la pression de l’eau après avoir plongé trop profond. Avant même la traversée, des officiers avaient mis en garde contre le risque d’accident que pouvaient causer des modifications techniques apportées à la demande d’Israël au bateau. Fin janvier 1968, des milliers d’Israéliens, munis de jumelles, les yeux rivés sur la mer, avaient attendu des journées entières le retour du sous-marin à son port d’attache de Haïfa.
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