Sans lui, la vie serait une vaste vallée morne et la reproduction une rencontre fonctionnelle, passablement astreignante. Grâce à lui, un regard, un frôlement, un parfum ou un murmure mettent le feu aux veines et embrasent les sens. Le désir, cette invincible émotion chantée par les poètes, célébrée par les musiciens, traduite en images par les peintres, vient d’être trahi dans les laboratoires. La neurobiologie a réussi à pénétrer ses secrets. Le désir, traqué par les éprouvettes, a fini par divulguer ses sortilèges. À l’aide de petits messages, les neurotransmetteurs, ces substances chimiques aux terminaisons en «ine» (sérotinine, dopamine, noradrénaline) sécrétées par des milliards de neurones, soumis aux ordres du cerveau, exécutent, tels les musiciens d’un orchestre, la partition qui permet la perpétuité de la vie sur cette terre. Pour les savants, la terminologie est bien différente. Le désir est fonction, chez les humains, de la mémoire d’un individu, de sa propre histoire et même de la mémoire génétique. Tout le monde reconnaît le pouvoir évocateur d’un parfum ou d’une odeur, d’une musique, d’une voix ou de certains détails, perçus différemment selon les individus et les latitudes, les cultures ou les milieux sociaux, les races et les continents, toutes les évocations suivront absolument le même itinéraire. Le désir va être déclenché par l’inondation d’hormones (mâles) de l’hypothalamus, puis de la totalité du cerveau. Le plus paradoxal, c’est que le processus est absolument identique chez Ève comme chez Adam. Hommes et femmes vont suivre, pas à pas, le même parcours. Si, chez l’homme, le signal hormonal est donné par la testostérone, elle-même sécrétée par les glandes surrénales et les testicules, ce qui paraît parfaitement dans l’ordre des choses, on serait sans doute surpris d’apprendre que cette même testostérone est fabriquée, pour la circonstance, par les mêmes glandes surrénales et – à un niveau moindre – par les ovaires, lorsque le sujet est une femme. Une sensation diffuse L’inondation du cerveau par les hormones mâles va se traduire par une sensation «prédisposante» diffuse qui, par la suite, se précisera selon l’histoire individuelle de chaque personne. Le tout sous l’action de la dopamine, un neurotransmetteur actif et polyvalent puisqu’on le trouve impliqué dans la motricité, la mémorisation et autres circonstances agréables ou pas de l’existence. Le régisseur, toutefois, du désir reste l’hypothalamus. C’est sur lui qu’il faut agir pour que le branle-bas ne soit pas gratuit. Or, le maître prend son temps. Il provoque de subtiles réactions en cascades («divines», commentent les littéraires) que lui, en bon apothicaire, distille avec mesure. Testostérone et dopamine agissent de concert sur l’hypothalamus, grand maître es-désir. Le maître se laisse convaincre du sérieux de l’entreprise et ordonne ces subtiles réactions en cascade. Cette manne hormonale est composée de substances peptidiques dont l’une d’entre elles porte un nom shakespearien : «luluberine» ou LH-RH. C’est cet elfe à deux noms qui déclenche l’humeur amoureuse. Il est certain que si les belles plumes de tous les temps étaient au courant de ces notions contemporaines, au lieu d’user du sempiternel «je vous aime», le registre des soupirs aurait été drôlement plus varié. Les LH-RH sont des peptides en contact interagissant avec l’hypophyse. Résultat du contact : la production des hormones FSH et LH, dites des hormones sexuelles, contribuant à la maturation des spermatozoïdes ou des ovules. Les amoureux sanglotants, éperdus de passion, seront bien déçus de constater que c’est mère Nature, sublime entremetteuse et détentrice de philtres, qui fait que cet homme (ou cette femme) soit paré(e) de tous les sortilèges. Et tant pis pour les Juliette et les Roméo perturbés, en pleins débats, par ce chant du coq scientifique qui démystifie leur nirvana.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sans lui, la vie serait une vaste vallée morne et la reproduction une rencontre fonctionnelle, passablement astreignante. Grâce à lui, un regard, un frôlement, un parfum ou un murmure mettent le feu aux veines et embrasent les sens. Le désir, cette invincible émotion chantée par les poètes, célébrée par les musiciens, traduite en images par les peintres, vient d’être trahi dans les laboratoires. La neurobiologie a réussi à pénétrer ses secrets. Le désir, traqué par les éprouvettes, a fini par divulguer ses sortilèges. À l’aide de petits messages, les neurotransmetteurs, ces substances chimiques aux terminaisons en «ine» (sérotinine, dopamine, noradrénaline) sécrétées par des milliards de neurones, soumis aux ordres du cerveau, exécutent, tels les musiciens d’un orchestre, la partition qui permet la...