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Actualités - Opinion

Arrêt sur image La voix (in) humaine

Jean-Marie Meshaka est de retour à Beyrouth, le temps de présenter, en avant-première, sa dernière mise en scène, «Les créanciers» du Suédois August Strindberg. C’est l’histoire d’un trio, Ad, Tekla et Gustave, qui lave son linge sale sur scène. Une farce cruelle, où le désespoir est tel qu’il ne peut conduire qu’à la mort… Au théâtre Monnot, tous les soirs jusqu’au samedi 20 février. Un voile blanc recouvre tous les éléments du décor. Le sofa à droite, la table au fond, le fauteuil au milieu sont enveloppés d’un drap immaculé. L’ensemble est dépouillé, monochrome. Meshaka l’a voulu neutre. La mise en scène et le jeu aussi. Pour mieux mettre en relief les sentiments. Les premières notes d’un violon s’égrènent en une musique slave, donnant le tempo d’une confrontation sanglante. Autobiographie Ad (Christophe Oster), jambe raide et béquille, raconte à Gustave (Jean-Marie Meshaka) ses misères conjugales. Second époux de Tekla, Ad dévide un chapelet de petites vexations qui sont autant de blessures à l’âme. Il se déchire et se consume sans savoir qu’il a devant lui le premier époux de sa femme. Pour lui, Gustave est juste quelqu’un d’amical rencontré huit jours plus tôt. Le confident idéal en somme, l’inconnu à qui on peut tout raconter. Gustave, quant à lui, cynique à souhait, autopsie à plaisir ce mariage. Il se délecte de cette descente aux enfers. Il ne soutient Ad que pour mieux l’enfoncer. Gustave tient là sa revanche. C’est que Tekla l’a aussi déchiré. Une blessure d’amour-propre qu’aucun baume ne peut cicatriser. Le spectateur assiste à une dissection. Comme un scalpel, les mots de Strindberg mettent à nu ces âmes tourmentées. Et le destin finit toujours par réclamer son dû. Ses créanciers frappent à chaque porte… Comme la plupart des œuvres de Strindberg, «Les créanciers» est une pièce largement autobiographique. L’auteur (1849-1912) a lui-même eu une vie conjugale pour le moins agitée, avec trois divorces, dont le deuxième l’a entraîné aux frontières de la folie. Misogyne, la femme est dans la plupart de ses œuvres manipulatrice, intrigante. «Un cas de pur cannibalisme», comme se plaît à le dire Gustave à Ad. Jean-Marie Meshaka a choisi Strindberg car cette année on commémore son 150e anniversaire. «Strindberg, souligne Meshaka, a passé sa vie à chercher à répondre à une question existentielle : “Quelle est la meilleure vie à mener?”». Avec «Les créanciers», Strindberg signe, d’après Meshaka, une des pièces les plus proches de notre condition humaine. «En réalité, ces trois personnages ne sont qu’une même et seule personne», dit encore le metteur en scène. Cet atroce jeu de chaises musicales «est un véritable meurtre psychique». Qui se perpétue encore…
Jean-Marie Meshaka est de retour à Beyrouth, le temps de présenter, en avant-première, sa dernière mise en scène, «Les créanciers» du Suédois August Strindberg. C’est l’histoire d’un trio, Ad, Tekla et Gustave, qui lave son linge sale sur scène. Une farce cruelle, où le désespoir est tel qu’il ne peut conduire qu’à la mort… Au théâtre Monnot, tous les soirs jusqu’au samedi 20 février. Un voile blanc recouvre tous les éléments du décor. Le sofa à droite, la table au fond, le fauteuil au milieu sont enveloppés d’un drap immaculé. L’ensemble est dépouillé, monochrome. Meshaka l’a voulu neutre. La mise en scène et le jeu aussi. Pour mieux mettre en relief les sentiments. Les premières notes d’un violon s’égrènent en une musique slave, donnant le tempo d’une confrontation sanglante. ...