Le Serbe de Bosnie Dragan Gagovic était poursuivi par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie pour une série de crimes sexuels commis après la prise de cette ville par les forces serbes en avril 1992. Ancien chef de la police de Foca, il avait été inculpé à ce titre en 1996 par le TPI pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, en même temps que sept autres Serbes de Bosnie dont l’un, Dragoljub Kunarac, s’était rendu volontairement au tribunal de La Haye le 4 mars 1998. Tortures, viols collectifs, voire prostitution forcée: l’acte d’accusation signé le 26 juin 1996 par le procureur du TPI de l’époque, le Sud-Africain Richard Goldstone, dresse une liste accablante de brutalités et sévices sexuels imputés à Gagovic et ses acolytes ou subordonnés. Les victimes du groupe — 14 officiellement recensées — étaient toutes des femmes et des jeunes filles musulmanes, certaines âgées de 12 à 15 ans, retenues prisonnières d’avril 1992 à février 1993 dans des écoles, des gymnases ou des maisons de Foca parfois «gérées comme des bordels», selon le TPI. C’est principalement sa responsabilité en tant que chef de la police dans la détention de l’ensemble des prisonnières musulmanes de Foca, ainsi qu’une série de viols commis par lui, ses hommes, et nombre de soldats serbes au gymnase Partizan de la ville qui avaient valu à Gagovic son inculpation. Témoin direct «En tant que superviseur des détenues musulmanes, Dragan Gagovic était responsable des actes des policiers et des soldats qui pénétraient dans le gymnase Partizan. Il savait ou avait des raisons de savoir que les femmes qui y étaient détenues étaient fréquemment agressées sexuellement», selon le TPI. D’après l’acte d’accusation du tribunal, Gagovic s’était en outre lui-même livré, ou avait assisté directement, à plusieurs des atrocités commises dans ce gymnase, proche du quartier général de la police de Foca. Après avoir reçu le 16 juillet 1992 deux détenues se plaignant des viols commis au Partizan, il s’était rendu le lendemain dans le gymnase pour les interroger. Attirant l’une des deux femmes dans une pièce séparée, il l’avait violée à trois reprises sous la menace d’un pistolet plaqué sur son cou, avant de lui promettre «la mort si elle affirmait à quiconque avoir été violée». Selon le TPI, les 14 victimes de Gagovic et ses complices, «ainsi que d’autres femmes» soumises à des sévices comparables souffrent toujours depuis de «dommages gynécologiques permanents» et de graves traumatismes psychologiques. A l’exception de Dragoljub Kunarac, un ancien commandant d’une unité spéciale de reconnaissance des forces serbes composée de volontaires monténégrins, aucun des autres coïnculpés de Foca n’a été arrêté à ce jour. Dragan Gagovic, qui était âgé de 38 ans, était né en juin 1960 à Ustikolina, près de Foca. Membre du Parti démocratique serbe (SDS) de Radovan Karadzic, il avait été promu à la tête de la police de Foca juste après la prise de la ville par les Serbes en avril 1992.
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