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Actualités - Chronologie

L'Iran écartelé entre besoin de réforme et fidélité à la révolution

Les austères portraits muraux de Khomeiny ornent toujours les rues de Téhéran mais, dans leurs cahiers, les écolières iraniennes collent des images de Leonardo DiCaprio, le héros romantique du film Titanic. L’Iran aborde le 20e anniversaire de la révolution de 1979 écartelé entre la fidélité aux idéaux islamistes et le profond désir de réformes de la population. Année de toutes les commémorations, 1999 marquera notamment le 10e anniversaire de la disparition de Khomeiny (le 4 juin 1989) ainsi que le dixième anniversaire de la fatwa par laquelle le guide religieux a condamné à mort l’écrivain britannique Salman Rushdie. Incarnation des paradoxes iraniens, l’homme qui symbolise aujourd’hui le changement et la modération, le président Mohammad Khatami, a été autrefois le ministre de la Culture fidèle et discret de Khomeiny, apôtre d’une rupture radicale avec l’Occident et d’une révolution islamique mondiale. Aujourd’hui, «l’Iran est plongé dans une violente crise interne, sans précédent depuis les guerres de la succession de Khomeiny» en 1989, relève un diplomate occidental à Téhéran. La bataille larvée entre conservateurs et réformateurs s’étale désormais au grand jour, rapportée dans le détail par une presse iranienne qui jouit, malgré de fortes pressions, d’une plus grande liberté de ton. La machine de guerre conservatrice s’appuie sur ses deux bastions: le Parlement et la justice, pour porter des coups sévères aux proches du président. Comme aux échecs, on n’attaque pas directement le roi. On le paralyse en neutralisant ou en éliminant les pièces qui le défendent. Le soutien discret de l’Occident En juin le ministre de l’Intérieur, Abdollah Nouri, tombe victime d’une motion de censure parlementaire. En juillet c’est au tour du puissant maire de Téhéran, Gholamhossein Karbastchi, d’être mis sur la touche à la suite d’un jugement pour corruption, aux forts relents de procès politique. Le tout-puissant Guide Khamenei, successeur de Khomeiny, est plus présent que jamais sur la scène politique, infatigable défenseur de l’orthodoxie révolutionnaire. Mohammad Khatami, quant à lui, continue de jouer sa carte de «président du peuple». Et malgré les coups il ne change pas ses mots d’ordre politiques: développement de la société civile et des libertés publiques, détente internationale. Khatami bénéficie du soutien discret de l’Occident. «Mais la prudence prévaut, car un appui trop ouvert l’affaiblirait vis-à-vis des conservateurs», relève un diplomate. Les Américains lui envoient des signaux bienveillants. Londres aussi, en acceptant ses fragiles promesses que l’Iran ne ferait rien pour tuer Salman Rushdie. Loin des querelles qui agitent le sommet de l’État, la société iranienne poursuit sa métamorphose. Internet, autrefois banni par les religieux intégristes, s’y répand peu à peu. La police n’a pas cessé ses descentes contre les soirées «dépravées» où l’on danse sur de la musique occidentale. Mais, peut-être par lassitude, elle traque moins qu’avant les innombrables jeunes qui portent des casquettes de base-ball ou des T-shirts avec l’aigle ou le drapeau américain. Dans les parcs de Téhéran garçons et filles osent désormais se tenir par la main. Le foulard est toujours de rigueur mais, timide audace, les femmes se risquent à sortir en sandales, sans porter de chaussettes pour cacher leurs pieds.
Les austères portraits muraux de Khomeiny ornent toujours les rues de Téhéran mais, dans leurs cahiers, les écolières iraniennes collent des images de Leonardo DiCaprio, le héros romantique du film Titanic. L’Iran aborde le 20e anniversaire de la révolution de 1979 écartelé entre la fidélité aux idéaux islamistes et le profond désir de réformes de la population. Année de toutes les commémorations, 1999 marquera notamment le 10e anniversaire de la disparition de Khomeiny (le 4 juin 1989) ainsi que le dixième anniversaire de la fatwa par laquelle le guide religieux a condamné à mort l’écrivain britannique Salman Rushdie. Incarnation des paradoxes iraniens, l’homme qui symbolise aujourd’hui le changement et la modération, le président Mohammad Khatami, a été autrefois le ministre de la Culture fidèle et...