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Actualités - Chronologie

Les organisations humanitaires redoutent une catastrophe dans le sud du Soudan

Inquiètes de ne pouvoir fournir à temps toute l’aide nécessaire aux quelque 400.000 personnes qu’elles estiment menacées de mort par la famine dans le sud du Soudan, les organisations caritatives internationales redoutent une catastrophe humanitaire du type Somalie en 1992 (300.000 morts) ou Ethiopie en 1984/85 (700.000 morts). A Wau, capitale du Bahr el-Ghazal, l’Etat du sud le plus touché, où les réfugiés morts-vivants de la savane environnante arrivent au rythme de 1.000 à 2.000 par jour, le spectacle est effrayant. Les enfants et les adultes squelettiques qui se sont traînés jusqu’à cette grosse ville de garnison gouvernementale meurent souvent épuisés à quelques mètres des centres de secours de l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) et du PAM (Programme alimentaire mondial). Les survivants risquent de connaître le même sort si l’aide internationale n’arrive pas massivement et rapidement. Pour Ludo Welffens, un des responsables de l’UNICEF au Soudan, les besoins alimentaires des enfants et des adultes, victimes de la guerre entre gouvernementaux musulmans et guérilleros chrétiens et animistes de la SPLA (Armée populaire de libération du Soudan), ne sont actuellement couverts qu’à environ 15%. A Genève, la directrice de l’UNICEF, Mme Carol Bellamy, rentrée d’une visite de trois jours au Soudan, a déclaré n’avoir «jamais vu de si près une ligne de partage si ténue entre la vie et la mort». «On ne doit pas se faire l’illusion qu’en trois mois le problème disparaîtra et que tous les besoins seront satisfaits», a-t-elle dit en faisant référence au cessez-le-feu décrété par le gouvernement de Khartoum et les rebelles de la SPLA de John Garang. Dans les localités tenues par l’armée régulière et les milices musulmanes des PDF (Forces de défense populaires), telle Wau, ou dans les secteurs contrôlés par la SPLA, les secours arrivent grâce à un pont aérien très onéreux mis en place par l’ONU depuis le nord du Soudan ou de Lokichoggio, une base logistique des Nations Unies au nord du Kenya. Le salut vient du ciel Les pistes étant rendues impraticables par les pluies qui viennent de commencer ou les mines, les populations menacées de mort attendent désormais essentiellement leur salut du ciel. Les gros porteurs Illyouchine 76, Hercules C-130 et les petits Buffalo, apportent d’al-Obeid, un aéroport situé à mi-chemin entre Khartoum et le Sud, ou de Lokichoggio, vaccins, couvertures, céréales, ustensiles de base, semences et Unimix, la bouillie «miracle» de l’UNICEF destinée à nourrir les enfants qui n’ont la plupart du temps plus que la peau sur les os. Mais les moyens aériens de l’UNICEF et du PAM, qui effectuent des largages aériens de nourriture sur les zones inaccessibles, sont limités et ne peuvent fournir en nourriture et médicaments ceux qui, démunis de tout, fuient la famine, les combats et de plus en plus, les exactions de bandes armées incontrôlées. A Wau, les «centres nutritionnels» de l’UNICEF et du PAM sont débordés. L’hôpital civil de la ville ne disposait, la semaine dernière, ni d’électricité, ni de médicaments et d’une seule pompe manuelle pour des centaines de malades. Le seul médecin soudanais de l’établissement devait se contenter d’examiner les arrivants et de faire inhumer les morts, dans l’attente de la venue sur place d’une équipe de Médecins Sans Frontières/Pays-Bas chargée de prendre en main le fonctionnement de l’établissement. La situation à Wau, encerclée par la SPLA, comme dans celle des autres villes du sud contrôlées par Khartoum, aussi difficile soit-elle, n’est sans doute rien comparé à ce qui se passe dans la brousse, selon les membres des ONG (organisations non gouvernementales). Des racines et des feuilles L’un d’eux, parlant sous le couvert de l’anonymat, explique que les villages des environs de Wau, inaccessibles par voie terrestre depuis de longs mois en raison d’une insécurité récurrente, ont été pillés, voire incendiés, tantôt par les forces gouvernementales tantôt par les rebelles, dont certains se conduisent «comme des bandits». Ce responsable de l’action humanitaire accuse nommément Kerubino Kuaniyin Bol, un des fondateurs de la SPLA, un moment rallié à Khartoum, de se comporter plus comme un «chef de guerre» que comme un guérillero et d’avoir aggravé la famine dans le Bahr el-Ghazal, provoquant l’exode vers les villes de la région de dizaine de milliers de Dinka, l’ethnie majoritaire au sud. A Wau, on peut voir un peu partout des enfants, des hommes et des femmes, des vieillards, épuisés et squelettiques, dont certains disent avoir marché depuis plus d’une semaine en se nourrissant uniquement de racines ou de feuilles. L’UNICEF et les ONG présentes redoutent, si le cessez-le-feu en vigueur depuis la mi-juillet entre Khartoum et la SPLA leur permet d’avoir de nouveau accès aux villages environnants, de découvrir un spectacle encore plus dramatique. Selon Marc Gastellu, de Médecins Sans Frontières/France, le taux de mortalité autour d’Agiep (50 km de Wau) en zone SPLA où MSF à une base, était de 70 pour 10.000 habitants par jour entre le 11 et le 20 juillet (122 morts/jour, dont 50 enfants de moins de cinq ans). Au plus fort de la famine à Baïdoa (sud de la Somalie) en 1992, le taux de mortalité s’était rapproché de 80 pour 10.000 dans ce pays de la Corne de l’Afrique. (AFP)
Inquiètes de ne pouvoir fournir à temps toute l’aide nécessaire aux quelque 400.000 personnes qu’elles estiment menacées de mort par la famine dans le sud du Soudan, les organisations caritatives internationales redoutent une catastrophe humanitaire du type Somalie en 1992 (300.000 morts) ou Ethiopie en 1984/85 (700.000 morts). A Wau, capitale du Bahr el-Ghazal, l’Etat du sud le plus touché, où les réfugiés morts-vivants de la savane environnante arrivent au rythme de 1.000 à 2.000 par jour, le spectacle est effrayant. Les enfants et les adultes squelettiques qui se sont traînés jusqu’à cette grosse ville de garnison gouvernementale meurent souvent épuisés à quelques mètres des centres de secours de l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) et du PAM (Programme alimentaire mondial). Les survivants...