Une intense activité diplomatique continue de se déployer pour tenter de résoudre la crise au Kosovo et d’empêcher son extension dans les Balkans, alors que des responsables redoutent une réédition du «cauchemar» humanitaire de la Bosnie. L’ambassadeur des Etats-Unis à Skopje, Christopher Hill, qui joue un rôle de médiateur dans la crise au Kosovo, a poursuivi vendredi sa navette entre Belgrade et Pristina. Et l’Union européenne envoie une mission sur place la semaine prochaine. Sur le terrain, après les affrontements qui avaient fait des dizaines de morts albanais ces derniers jours, la situation semblait relativement calme vendredi. Ni les Serbes ni les Albanais ne faisaient état de combats importants dans la province. Après s’être une nouvelle fois entretenu avec le chef politique des Albanais, Ibrahim Rugova, Christopher Hill a souligné qu’il fallait faire vite et qu’il restait peu de temps pour trouver une solution politique à la crise. «Nous devons travailler sur une solution qui serait acceptée par les deux parties. Il existe une certaine dose d’urgence à trouver une solution politique, et je ne pense pas que nous ayons beaucoup de temps», a déclaré M. Hill à la presse à Pristina, chef-lieu du Kosovo. Urgence d’une solution politique Il a rappelé que pour les Etats-Unis, comme pour les autres pays du Groupe de contact sur l’ex-Yougoslavie (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Russie), cette solution ne pourrait pas être l’indépendance du Kosovo, mais une forme d’autonomie. Le diplomate n’a pas voulu donner d’indications sur le contenu de ses entretiens avec M. Rugova. Il a répété que le problème du Kosovo ne pouvait pas être réglé par des moyens militaires. «Il n’y a absolument pas de solution militaire, le problème est politique et doit être résolu par des négociations avec des moyens pacifiques et politiques», a-t-il dit. M. Hill, qui avait eu la veille des discussions à Belgrade avec le président yougoslave Slobodan Milosevic et avec le président serbe Milan Milutinovic, a annoncé qu’il serait de retour à Pristina lundi. Une délégation de la «troïka» de l’Union européenne (Autriche, Allemagne, Grande-Bretagne) sera elle aussi dans quelques jours à Pristina et à Belgrade. La date de l’arrivée de la délégation, dont l’envoi a été annoncé jeudi par l’Autriche, qui exerce la présidence tournante de l’Union, n’est pas encore connue. Son but sera de tenter d’obtenir un cessez-le-feu entre les Albanais du Kosovo et les Serbes et la reprise des négociations entre les Albanais et le président Milosevic, a indiqué le ministère autrichien des Affaires étrangères. Mercredi, une délégation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) avait achevé une visite de huit jours en Yougoslavie centrée sur la crise au Kosovo, sans avoir fait de progrès dans ses discussions avec les autorités yougoslaves. Les organisations humanitaires, elles aussi, redoutent les conséquences d’une prolongation de la crise. Ainsi, le Haut commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR) craint, selon son porte-parole, une réédition au Kosovo du «cauchemar» humanitaire qu’a été la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995). «La situation au Kosovo est très, très alarmante», a estimé le porte-parole, Kris Janowski. «Si les choses continuent à se dérouler comme aujourd’hui, nous finirons par avoir des poches (de population) avec l’arrivée de l’hiver, et nous devrons affronter un cauchemar pour aider ces gens contre les obstacles des barrages, fronts, autorisations», a-t-il dit. Le HCR estime actuellement à 70.000 ou 80.000 le nombre des personnes déplacées au Kosovo. A cela s’ajoutent 25.000 Albanais du Kosovo qui se sont réfugiés dans la république yougoslave du Monténégro, et 13.000 qui ont passé la frontière et sont en Albanie.
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