Maître des sommets, Marco Pantani n’a pas ravi le maillot jaune à Jan Ullrich, mercredi, mais l’Italien a survolé tous ses adversaires pour s’adjuger la 11e étape du Tour de France. Sur les terrifiantes pentes du Plateau de Beille, Pantani, parti à 12 kilomètres du but, a réussi un numéro de haute voltige solitaire, tandis que dans son lointain sillage, Ullrich luttait contre le chronomètre. L’Allemand, victime d’une crevaison au pied de l’ascension, a réussi à limiter les dégâts — terminant à 1’40’’ —, et à mi-course, il peut considérer avoir fait un pas supplémentaire vers la victoire finale. Au général, Ullrich conserve une avance de 1’11’’ sur l’Américain Bobby Julich et de 3’01’’ sur Laurent Jalabert et Pantani. Même s’il ne s’empare pas la tunique d’or, le vainqueur du Giro démontre qu’il reste, au fil des ans, un funambule des cîmes: il signe sa cinquième victoire d’étape dans le Tour, la cinquième arrivée en côte. «J’étais venu pour gagner cette étape car je savais que c’était la plus difficile ascension du Tour de France», a déclaré Pantani. «Cela n’a pas été très difficile et maintenant je vais essayer de gagner à nouveau aux Deux-Alpes» — la seconde arrivée en côte du Tour 98. S’il le dit, c’est que l’Italien est certainement capable de réussir ce doublé, une vieille habitude qu’il a prise. En 1995, Pantani avait triomphé à Guzet-Neige et à l’Alpe d’Huez, sa station favorite où il s’imposait à nouveau en 1997 avant de triompher à Morzine. L’Italien est bien le grand vainqueur de cette traversée des Pyrénées qui l’a ramené des profondeurs du classement après le contre-la-montre de Corrèze vers les sommets de la hiérarchie: Pantani est désormais troisième ex-aequo avec Jalabert. Tous les Telekom pour Ullrich «Je ne suis pas venu sur le Tour pour réussir quelque chose au classement général», a souligné Pantani, qui retrouve provisoirement la place qui était la sienne sur le podium à Paris l’an passé. Il y a un an dans les Alpes, la lutte entre Ullrich et Pantani imposait le parallèle avec les mano-a-mano entre Miguel Indurain et Claudio Chiappucci. Cette année, l’ascension vers la plus terrible difficulté de l’aventure pyrénéenne a ranimé le vieux souvenir des affrontements à distances entre l’Espagnol et l’Italien au début de la décennie. Elle s’impose d’autant plus que jamais «Il Diablo» ne réussit à renverser le ténébreux Navarrais et que jamais «Il Pirata» n’a fait totalement sombrer l’impassible Allemand. Mercredi, retardé par une crevaison au pire moment, Ullrich fut contraint d’épuiser tous ses coéquipiers pour simplement revenir à hauteur du peloton. «Cette crevaison est intervenue au plus mauvais moment et si elle ne s’était par produite, l’écart aurait été deux fois moindre», a jugé Rudi Pevenage, responsable de l’équipe Telekom. Grand seigneur, Pantani ne profita pas de l’occasion pour attaquer, il attendit le retour du maillot jaune pour porter une lente mais irrésistible accélération. Ullrich résistait mais, esseulé, il voyait la petite fusée italienne fondre sur l’infortuné Roland Meier, auteur d’une échappée héroïque dans le col de Core, puis le dépasser. Récompensé de ses souffrances, le Suisse réussit quand même à terminer deuxième devant l’étonnant Julich. «Le bilan de cette première partie de la montagne est que Pantani devient dangereux», a commenté Rudi Pevenage. «Jan va devoir revoir sa tactique dans les prochains jours». «Tout maintenant va être mis au service de Jan car Bjarne (Riis) a perdu du temps». Les Telekom devront également se méfier de Bobby Julich qui réussit un début de Tour de France totalement inattendu. L’Américain, bon grimpeur et excellent rouleur contre la montre, est sans cesse resté accroché aux basques d’Ullrich avant de se payer un petit sprint pour termine troisième de l’étape tandis qu’Ullrich était décramponné dans 500 derniers mètres. Bien plus tôt, l’Espagnol Abraham Olano était, lui, descendu de vélo, abandonnant discrètement au ravitaillement. Abandon d’Abraham Olano L’Espagnol Abraham Olano, leader de l’équipe Banesto, a abandonné mercredi le Tour de France au cours de la 11e étape, 170 kilomètres entre Luchon et le Plateau de Beille. Olano, sixième au classement général à 3’11’’ de Jan Ullrich, mardi, est discrètement descendu de vélo au ravitaillement. «Cela allait plus mal d’heure en heure et nous avons décidé de l’arrêter», a commencé Eusebio Unze, directeur sportif de la formation espagnole. Ancien champion du monde sur route, Olano avait terminé quatrième du Tour de France en 1997. Jeudi, le Tour de France observe une journée de repos au pied des Pyrénées (sud), à Tarascon-sur-Ariège. La prochaine étape aura lieu vendredi, entre Tarascon-sur-Ariège et le Cap d’Agde (sur), sur la côte française de la Méditerranée. Classement de la 11e étape: 1. Marco Pantani (Ita/MER), les 170 km en 5h 15’27’’ (moyenne: 32,334 km/h) 2. Roland Meier (Sui/COF) 1’26’’ 3. Bobby Julich (USA/COF) 1’’33’’ 4. Michaël Boogerd (P-B/RAB) 1’33’’ 5. Leonardo Piepoli (ITA/SAE) 1’33’’ 6. Fernando Escartin (Esp/KEL) 1’33’’ Abandons: — Vladislav Bobrik (Rus/RIS) — Abraham Olano (Esp/BAN) Classement général: 1. Jan Ullrich (All/TEL) à 52h 42’25’’ 2. Bobby Julich (USA/COF) 1’11’’ 3. Laurent Jalabert (Fra/ONC) 3’01’’ 4. Marco Pantani (Ita/MER) 3’01’’ 5. Michaël Boogerd (P-B/RAB) 3’29’’ 6. Luc Leblanc (Fra/PLT) 4’16’’ 7. Bo Hamburger (Dan/SCO) 4’44’’
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Maître des sommets, Marco Pantani n’a pas ravi le maillot jaune à Jan Ullrich, mercredi, mais l’Italien a survolé tous ses adversaires pour s’adjuger la 11e étape du Tour de France. Sur les terrifiantes pentes du Plateau de Beille, Pantani, parti à 12 kilomètres du but, a réussi un numéro de haute voltige solitaire, tandis que dans son lointain sillage, Ullrich luttait contre le chronomètre. L’Allemand, victime d’une crevaison au pied de l’ascension, a réussi à limiter les dégâts — terminant à 1’40’’ —, et à mi-course, il peut considérer avoir fait un pas supplémentaire vers la victoire finale. Au général, Ullrich conserve une avance de 1’11’’ sur l’Américain Bobby Julich et de 3’01’’ sur Laurent Jalabert et Pantani. Même s’il ne s’empare pas la tunique d’or, le vainqueur du...