Le 28 janvier dernier, les troupes d’un chef de guerre local, Kerubino Kuanyin Bol, ont attaqué la ville soudanaise de Wau, tout au sud du pays, tenue par l’armée gouvernementale de Khartoum. Elles sont passées par le grand pont qui, par dessus la rivière Dour, relie cette grosse ville de garnison alanguie sous le soleil à Rumbek, plus à l’est. Les durs combats entre les soldats fidèles à Khartoum et les guérilleros antigouvernementaux ont provoqué l’exode de 90.000 habitants sur un total de 120.000 dans cette vaste agglomération, capitale de la province du Bahr el-Ghazal, aggravant encore la famine qui sévit dans la région depuis de longues années. Aujourd’hui, le vice-gouverneur Anthony Achor Michael, un chrétien pro-Khartoum, siège au palais du gouvernorat, une vaste bâtisse blanche aux murs crénelés, héritage de la période coloniale britannique, posée en bordure de l’eau, juste en dessous du pont par où l’attaque ennemie est venue. Dans son vaste bureau lambrissé, sous un trophée de cornes de rhinocéros, le représentant du pouvoir central nordiste affirme que «la situation est totalement sous contrôle». «Nos troupes ont repoussé les rebelles. Ils ont fui et sont maintenant à 50 km de Wau», ajoute-t-il. Pourtant, tout au bout du pont qui commande le principal accès à la ville, des soldats regroupés autour d’un vieux tank de fabrication soviétique montent toujours la garde. La ville grouille littéralement de soldats de l’armée régulière en treillis bariolés ou de miliciens en uniforme ou en civil armés de kalachnikovs. Sur la route de l’aéroport, on peut croiser des véhicules pick-up 4x4 flambant neufs, équipés de lance-roquettes multiples. Le représentant d’une organisation humanitaire indique que des membres de la SPLA, la guérilla sudiste, sont «tout près, au bout de l’aéroport, à quelques kilomètres». Des effets prévisibles Les effets de cette «drôle de guerre» entre gouvernementaux à dominante musulmane et guérilleros sudistes chrétiens sont en tous cas prévisibles. Dès le matin, de gros avions ventrus de fabrication soviétique Ilyouchine, larguent par la porte-arrière des paquets de nourriture du PAM (Programme alimentaire mondial) juste en bordure de la ville, le long de la rivière Dour qui longe Wau. Les destinataires de ces vivres: les réfugiés des villages environnants qui ont fui les combats entre forces pro et anti-Khartoum et sont trop faibles pour arriver jusqu’aux «feeding centers» (les centres nutritionnels) situés à Wau. La nouvelle du cessez-le-feu entre la guérilla et les forces de Khartoum, annoncée à la mi-juillet, n’est apparemment pas parvenue jusqu’à eux. Pour le vice-gouverneur, cette situation a été créée par la SPLA qui «vole la nourriture de ces gens et s’empare de leurs biens. Il ne s’agit pas d’un problème religieux mais d’un problème économique et social ainsi que politique», dit-il. «Dans le sud, comme à Khartoum, les chrétiens pouvant prier librement et il n’y a pas de milices islamiques comme on l’a dit», assure encore le fonctionnaire. «Mensonges, affirme un volontaire chrétien d’une organisation humanitaire locale, les musulmans veulent créer une république islamique ici. Ils veulent nous convertir par la force et obligent les parents à circonscrire les garçons». Une religieuse étrangère abonde dans ce sens et condamne les exactions des milices musulmanes locales, les PDF (les Forces de défense du peuple) dont les membres circulent nuit et jour à Wau à vélo ou à cheval. «Ils sèment la terreur, rentrent chez les gens la nuit pour les battre. Ils se considèrent comme les seigneurs et méprisent les chrétiens. La haine est grande et la guerre n’est pas prête, malheureusement, de se terminer», assure cette religieuse. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le 28 janvier dernier, les troupes d’un chef de guerre local, Kerubino Kuanyin Bol, ont attaqué la ville soudanaise de Wau, tout au sud du pays, tenue par l’armée gouvernementale de Khartoum. Elles sont passées par le grand pont qui, par dessus la rivière Dour, relie cette grosse ville de garnison alanguie sous le soleil à Rumbek, plus à l’est. Les durs combats entre les soldats fidèles à Khartoum et les guérilleros antigouvernementaux ont provoqué l’exode de 90.000 habitants sur un total de 120.000 dans cette vaste agglomération, capitale de la province du Bahr el-Ghazal, aggravant encore la famine qui sévit dans la région depuis de longues années. Aujourd’hui, le vice-gouverneur Anthony Achor Michael, un chrétien pro-Khartoum, siège au palais du gouvernorat, une vaste bâtisse blanche aux murs crénelés,...