Le principal opposant nigérian Moshood Abiola est décédé de «causes naturelles» résultant d’une «maladie du cœur», a affirmé samedi l’équipe internationale de médecins-légistes qui a pratiqué vendredi l’autopsie sur le corps. «Le mécanisme de la mort est dû à une détérioration rapide d’un cœur malade. En ce moment, notre opinion préliminaire est que la mort est due à des causes naturelles, résultat d’une maladie du cœur existant de longue date», selon le communiqué diffusé à Lagos. Les experts «ont indiqué que selon leurs premières constatations, il s’agit d’une mort naturelle. Il avait un taux élevé de cholestérol», provoquant son apparente crise cardiaque, a déclaré Kola Abiola, fils de l’opposant. L’équipe médicale, qui était composée de spécialistes venus de Grande-Bretagne, du Canada et des Etats-Unis, a pratiqué l’autopsie vendredi dans un hôpital privé de Lagos. «Le cœur était depuis longtemps sévèrement malade, d’une gravité qui pouvait provoquer une mort brutale. Cette atteinte était double: il y avait un grave rétrécissement des principales artères coronaires (...) et en plus une importante hypertrophie du myocarde due à une hypertension de longue durée», ont-ils conclu. «C’est une vérité médicale totalement admise que l’une de ces deux situations peut provoquer une mort brutale. Et quand elles coexistent, elles risquent encore plus de causer un décès soudain», selon les médecins, pour qui «des examens post-mortem poussés n’ont révélé aucune trace de blessure physique ou autre maladie importante». «Nous pensons que l’empoisonnement est extrêmement improbable», ont-ils déclaré. «Afin d’être totalement complets, d’autres examens seront pratiqués dans le courant des trois prochaines semaines», des échantillons de tissus ayant été prélevés pour être analysés au Canada et à Londres, ont-ils ajouté. Ces résultats n’écartent cependant pas l’accusation envers les militaires de «négligence», a affirmé samedi Kola Abiola, estimant que son père «aurait pu être soigné», a-t-il dit. Kola Abiola a fait ces déclarations peu après le début de la conférence de presse des médecins légistes. Moshood Abiola, âgé de 60 ans et qui était emprisonné depuis 1994, était décédé mardi après -midi à la suite d’un malaise cardiaque survenu en pleine réunion avec des responsables nigérians et diplomates américains. «Des inquiétudes ont été émises auprès de l’équipe d’enquête quant au traitement médical reçu par Chef Abiola durant ses quatre années d’emprisonnement», ont souligné les médecins légistes à ce propos. «Nous pensons que ces inquiétudes sont compréhensibles et méritent un examen supplémentaire», ont-ils ajouté. Moshood Abiola, devenu un symbole de la lutte pour la démocratie, était emprisonné sous l’accusation de «trahison». En 1993, il s’était proclamé vainqueur de l’élection présidentielle, dont les militaires annulèrent les résultats. Les obsèques de Moshood Abiola se sont déroulées samedi dans le parc de sa résidence familiale en présence de plusieurs centaines de ses partisans et des membres de sa famille. Avant le début de la cérémonie, des étudiants ont fait irruption dans la résidence de l’ex-leader de l’opposition, afin de protester contre la décision de n’autoriser que la présence de la famille aux funérailles. Moshood Abiola était «un personnage trop important pour un enterrement privé», a déclaré un leader étudiant qui est resté anonyme. Il s’est emparé d’un micro et a lancé à la foule qu’Abiola «n’appartient pas seulement à sa famille. Il appartient aussi au peuple et aux étudiants». La famille d’Abiola a alors demandé aux policiers entourant la résidence de quitter les lieux. Enveloppé dans un simple linceul blanc, Moshood Abiola a été déposé dans une tombe fraîchement creusée sous un cocotier, près du tombeau de sa première femme, Simbiat, décédée d’un cancer en 1992. Au cours de la cérémonie, des haut-parleurs diffusaient des chansons du musicien nigérian décédé Fela, qui ont couvert quelques instants la musique islamiste jouée auparavant. (AFP)
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