La décision du président américain Bill Clinton de se rendre en visite officielle en Russie en septembre soulève des questions quant à la capacité des Etats-Unis à faire pression en faveur d’une ratification de l’accord de désarmement nucléaire stratégique START II. M. Clinton, de retour de son voyage en Chine, a en effet décidé de rencontrer début septembre le président russe Boris Eltsine, malgré la décision de la Douma (Chambre basse du Parlement russe) de renvoyer à l’automne au plus tôt la ratification de ce traité. Certains ont immédiatement accusé le président américain de faire marche arrière, après avoir présenté la ratification de START II comme une condition implicite à la tenue d’un sommet. «Changer d’avis sur ce qui est important ne constitue pas une position de force», a déclaré Henry Sokolski, du «Non-proliferation Policy Education Center», une institution privée. Pour M. Sokolski, l’argument de la Maison-Blanche selon lequel la crise financière en Russie et le conflit au Kosovo sont aussi importants que le désarmement nucléaire, et nécessitent un sommet d’urgence, n’est pas acceptable. «Si le Kosovo et une crise économique préoccupent le président, trouvez une autre manière de traiter ces questions», a-t-il ajouté. «A chaque fois que l’on fait un sommet, il nous faut céder quelque chose. Pourquoi devrions-nous céder tout de suite?». Le porte-parole de la Maison-Blanche, Michael McCurry insiste lui sur l’intérêt qu’il y a, comme ce fut le cas pour la Chine, à tenir ce genre de sommets de façon régulière. «Cela fait partie de notre politique étrangère de cultiver ces relations bilatérales très importantes, basées sur un très large éventail de sujets, en sortant du cadre qui était celui des sommets des grandes puissances du temps de la guerre froide», a-t-il souligné. Un intérêt à long terme Le fait de ne pas lier ce sommet à la ratification de START II est une décision politique tout à fait consciente, selon M. McCurry. «L’un des arguments utilisés contre la ratification de START II a été de dire que si Clinton lui consacrait un sommet entier, les Américains devaient avoir plus à y gagner que le peuple russe, ce qui n’est pas vrai», a-t-il ajouté. Le traité qui prévoit de réduire les ogives nucléaires russes à 3.000 et les américaines à 3.500 a été ratifié en 1996 par le Sénat américain. Il a été signé entre les présidents russe et américain, Boris Eltsine et George Bush en 1993. Stephen Young, du «British American Security Information Council», une institution qui plaide pour le désarmement nucléaire, est du même avis. «L’idée de tenir un sommet otage de START II serait contre-productive à ce stade», a-t-il affirmé. Pour M. Young, les chefs d’Etat russe et américain devraient profiter de ce sommet pour aller de l’avant et s’engager à de nouvelles réductions d’ogives nucléaires dans le cadre du futur START III. Washington devrait davantage aider financièrement Moscou à désarmer, selon cet expert. Les relations bilatérales, la politique internationale et la sécurité européenne seront les points principaux de la rencontre prévue pour la première semaine de septembre entre Boris Eltsine et M. Clinton. Cette visite avait été prématurément annoncée par M. Eltsine lors de la dernière rencontre entre les deux hommes, au sommet du G8 de Birmingham (Grande-Bretagne) à la mi-mai. M. McCurry s’est dit également optimiste concernant une ratification de START II par les députés russes. «C’est dans l’intérêt à long terme du peuple russe de poursuivre dans la voie des réductions des armes nucléaires stratégiques», a-t-il dit. (AFP)
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