Quel que soit le résultat mercredi au Stade de France, une équipe, la Croatie ou la France, entrera dans l’histoire du football en accédant pour la première fois à la finale de la Coupe du monde. Les Français attendent ce moment depuis 40 ans et la défaite des Bleus de Raymond Kopa et Just Fontaine (5-2) face au Brésil en Suède. Les Croates espèrent, eux, égaler la performance unique de la Tchécoslovaquie qui atteignit la finale du Mondial de 1934 dès son apparition dans le tournoi. Pour cette rencontre cruciale, qu’il prépare depuis deux ans et à laquelle il songe depuis son arrivée au poste de sélectionneur, Aimé Jacquet sait que le pire adversaire de l’équipe de France sera elle-même. Elle devra éviter la naïveté qui lui fut funeste en 1982 à Séville et le manque de concentration qui lui coûta aussi cher en 1986 à Mexico. «Il y a en fait trois dangers», a-t-il dit mardi, à la veille de la rencontre. «Ne pas être concentré. Ne pas jouer notre football. Et perdre notre sang-froid. La concentration et la force mentale sont sans doute ce dont la France a le moins besoin depuis le début de la compétition. Quant à son jeu, elle a démontré face à l’Italie qu’elle ne risquait pas de le perdre. Reste le sang-froid et les «stratagèmes» que peuvent utiliser ses adversaires pour «déstabiliser» l’équipe de France, a précisé Jacquet. Le coach français ne souhaite pas voir son meneur de jeu Zinédine Zidane à nouveau expulsé. Ce qui était gênant au premier tour face aux Séoudiens deviendrait une catastrophe en demi-finale contre les Croates. Pour cela, il a organisé une séance de vidéo dans laquelle tous ses protégés ont pu apprécier les nombreux points forts de la Croatie, version Miroslav Blazevic. «C’est une nation à laquelle je m’intéresse depuis beaucoup de temps», a dit Jacquet, qui avait fait de ce petit pays né de la guerre l’un de ses favoris à l’Euro96. «Depuis deux ans, elle est beaucoup plus équilibrée et possède une plus grande expérience». «De plus, depuis, le début du tournoi, elle n’a cessé de monter en puissance». «Les hommes qu’il faut» Après de bons débuts contre la Jamaïque (3-1), les Croates ont peiné face au Japon (1-0) puis ont fait trembler l’Argentine de Pasarella, victorieuse sur le fil. Au tour suivant, les Roumains, têtes de série et quart de finaliste du dernier Mondial, se laissaient piéger par le jeu solide de la Croatie (1-0). Mais l’exploit reste la victoire écrasante (3-0) face au voisin allemand, vieillissant et sans doute trop sûr de lui, en quart de finale. «Cette équipe s’est bonifiée mais elle a aussi changé intérieurement et la France va affronter un très grand adversaire», a affirmé Jacquet. Comme lors des deux précédentes rencontres, ce match s’annonce tactique entre deux redoutables systèmes défensifs. Les Français possèdent la meilleure défense du tournoi (un but en cinq rencontres) mais les Croates font à peine moins bien (seulement deux buts concédés). «On peut s’attendre à jouer contre une équipe qui aura huit défenseurs et deux attaquants», a souligné Jacquet. «La différence se fera comme toujours à ce niveau-là sur le talent individuel», prévoit Didier Deschamps. «La solution viendra d’un joueur qui tentera un dribble ou placera une frappe». La seule inquiétude du coach français concerne son attaque. Avec un seul but en or en deux matches, la France est presque revenue à sa moyenne de l’Euro96. «La finition lors de nos deux dernières rencontres n’a pas été celle que nous attendions», a reconnu Aimé Jacquet. «Mais nous possédons les hommes qu’il faut. Il suffit de peu de choses pour qu’ils retrouvent le chemin des filets. Il faut les placer dans les meilleures conditions pour qu’ils retrouvent leur audace». Les trois matches du premier tour avec neuf buts inscrits avaient donné l’image d’une France offensive. Mais les blessures de Stéphane Guivarc’h (entorse au genou contre l’Afrique du Sud), de Christophe Dugarry (claquage contre l’Arabie Séoudite) et de Thierry Henry (entorse de la cheville face au Paraguay) ont perturbé les plans de Jacquet. «Cela m’a contrarié et il a fallu travailler dans l’urgence», a-t-il dit. «Si nous avions eu moins de problèmes certains seraient plus en confiance». Le coach des Bleus a toutefois admis qu’il s’agissait peut-être «d’un problème inhérent au football français». Ce n’est sûrement pas celui du football croate qui avec ses attaquants Davor Suker et Goran Vlaovic devrait tenter le «hold-up» au Stade de France. «Ne vous y trompez pas», a prévenu le défenseur Slaven Bilic, «nous voulons aller en finale». Equipes probables: France: 16-Fabien Barthez; 15-Lilian Thuram, 5-Laurent Blanc, 8-Marcel Desailly, 3-Bixente Lizarazu, 7-Didier Deschamps (cap), 17-Emmanuel Petit, 6-Youri Djorkaeff, 11-Robert Pires, 10-Zinedine Zidane, 12-Thierry Henry. Croatie: 1-Drazen Ladic; 4-Igor Stimac, 6-Slaven Bilic, 20-Dario Simic, 17-Robert Jarni, 14-Zvonimir Soldo, 7-Aljosa Asanovic, 10-Zvonimir Boban (cap), 13-Mario Stanic, 9-Davor Suker, 1-Goran Vlaovic.
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