L’arrestation en week-end d’un haut fonctionnaire d’Etat impliqué dans une affaire de pots-de-vin a relancé le débat sur l’ampleur de la corruption en Roumanie, dix-huit mois après la venue au pouvoir des chrétiens-démocrates qui avaient promis une vaste opération «mains propres». Petre Isac, inspecteur gouvernemental au sein du département de l’administration locale (DAPL) a été interpellé par la police peu après avoir reçu 10.000 dollars d’un homme d’affaires américain d’origine roumaine qui tentait en vain depuis plusieurs mois d’obtenir le feu vert des autorités pour construire deux stations d’épuration des eaux. Alors qu’il était sur le point d’abandonner son projet, d’un montant de 78 millions de dollars, le responsable de la société américaine CWS International a été contacté par M. Isac, qui lui a promis de faciliter la conclusion du contrat pour 10.000 dollars. Surpris de se voir indiquer un numéro de compte privé pour verser l’argent, l’investisseur américain a prévenu la police, qui a monté l’opération ayant abouti à l’arrestation de M. Isac. C’est la première fois que l’implication d’un fonctionnaire gouvernemental dans une affaire de ce type est révélée dans un pays où la corruption est citée par les milieux économiques comme l’un des principaux obstacles au développement des investissements. La gravité de ce fléau a d’ailleurs été reconnue récemment par le président Emil Constantinescu. «De nombreux investisseurs étrangers ont été contraints ces dernières années à payer des pots-de-vin à de hauts fonctionnaires d’Etat afin de pouvoir mettre sur pied des affaires en Roumanie», écrit-il dans le «Livre blanc de la corruption et du crime organisé» qui vient de paraître à Bucarest. «Souvent, ils préfèrent investir ailleurs, privant ainsi la Roumanie d’importants moyens de modernisation, de la possibilité de créer de nouveaux emplois et surtout de crédibilité internationale», regrette le président. Selon lui, «tous les jours, des sommes immenses sont détournées dans les poches d’un nombre réduit de personnes qui ont pénétré dans toutes les structures du pouvoir». Le Parti de la démocratie sociale (PDSR, opposition), dirigé par l’ex-président Ion Iliescu, a aussitôt saisi l’occasion pour accuser la coalition au pouvoir d’avoir «favorisé la prolifération de la corruption». «M. Isac n’aurait pas pu agir s’il n’avait pas bénéficié de la protection de ses supérieurs. Lorsque le PDSR était au pouvoir, de telles affaires étaient inconcevables», a chargé M. Octav Cozmanca, ancien responsable du DAPL. Mis en cause en tant que chef direct du fonctionnaire arrêté, le secrétaire d’Etat Vlad Rosca a rétorqué déclarant que M. Isac avait été embauché en 1996 par M. Cozmanca lui-même. «Des doutes planaient depuis longtemps sur la compétence et l’honnêteté de M. Isac, qui figurait déjà sur une liste d’inspecteurs dont le licenciement était prévu», a affirmé M. Rosca. Si les médias et les partis d’opposition de l’époque avaient accusé le régime Iliescu d’avoir «patronné» de nombreuses opérations illégales et d’avoir «transformé la corruption en politique d’Etat», aucun des membres marquants du PDSR n’a jusqu’ici comparu devant la justice. (AFP)
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