Le gouvernement japonais s’apprête à annoncer un vaste projet d’assainissement des banques du pays par l’intermédiaire d’un mécanisme largement inspiré de l’expérience américaine, suscitant une nette embellie pour le yen et la bourse japonaise depuis le début de la semaine. L’idée du gouvernement et du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir est un mécanisme de «banques-relais» sous tutelle de l’Etat qui verront le jour au fur et à mesure des défaillances de banques pour éviter l’interruption brutale de leurs activités et liquider les créances douteuses. La perspective de ce plan dope clairement le yen et la bourse japonaise depuis le début de la semaine. Le yen est remonté autour de 138 yen tandis que la bourse s’est hissée mercredi au-dessus des 16.000 points pour la première fois depuis le 24 avril, gagnant 532,62 points à 16.362,89. Les nombreuses indiscrétions qui filtrent dans la presse japonaise donnent une idée plus précise de ce mécanisme élaboré en urgence à Tokyo alors que le Japon est, jour après jour, pressé de toutes parts d’accélérer l’apurement de son secteur bancaire. Ces «banques-relais» géreront la liquidation des créances jugées à risque ou reconnues irrécupérables que les banques défaillantes n’auront pas réussi à éponger. Elles resteront en place aussi longtemps que la banque en question n’aura pas été absorbée ou rachetée par une autre. Le gouvernement et le PLD travaillent d’arrache-pied depuis la semaine dernière pour mettre une touche finale à ce mécanisme nouveau dont l’objectif clé est l’élimination des monceaux de créances douteuses qui étouffent le secteur bancaire japonais et paralysent la seconde économie mondiale. Ce système fonctionnera en grande partie à l’image de la Federal Deposit Insurance Corporation et de la Resolution Trust Corporation américaines qui, dans les années 80 et 90, ont permis aux Etats-Unis d’assainir en profondeur un secteur bancaire malade. Ce fut alors l’un des éléments clé du redémarrage de l’économie américaine. Au Japon, dès lors qu’une banque sera reconnue dans l’incapacité de faire face seule ses créances douteuses, sa direction devra démissionner en masse et la gestion de l’institution défaillante sera aussitôt placée entre les mains de l’Etat par l’intermédiaire de la «banque-relais», explique mercredi le grand quotidien «Yomiuri Shimbun». L’Etat nommera des administrateurs provisoires pour assurer la continuité des activités de prêts de la banque aux clients jugés sains, en particulier les entreprises qui souffrent depuis plusieurs mois du «crédit crunch», la pénurie des prêts consécutive à la crise bancaire. Pour ce faire, l’Etat puisera dans les fonds de l’organisme public de garantie des dépôts bancaires créé en février, le Deposit Insurance Corporation. Ce dernier a été doté de 30.000 milliards de yen (216 milliards de dollars) de fonds publics. Sur cet argent, 17.000 milliards de yen sont réservés à la protection des dépôts bancaires et 13.000 milliards à «la stabilisation du système bancaire». Une fois les mauvaises créances sorties du bilan des banques défaillantes, celles-ci pourront plus facilement fusionner avec une autre institution ou être absorbées. Parallèlement, un travail d’inspection des banques a été lancé le 21 juin par un nouvel organisme, une Agence de supervision financière, placée directement sous le contrôle du Bureau du premier ministre, avec pour mission d’évaluer avec précision et rapidement le montant des mauvaises créances. Prenant en charge des responsabilités jusque-là dévolues au ministère des Finances, la nouvelle agence inspectera une à une les dix-neuf premières banques du Japon. Quelque 400 fonctionnaires ont été transférés des ministères des Finances, de la Justice et du Commerce pour y parvenir. Leur tâche est ardue car bien qu’invitées avec fermeté par le gouvernement à faire la lumière sur leurs comptes, les banques traînent les pieds et rechignent à dévoiler l’ampleur réelle du désastre. Ces dix-neuf banques ont reconnu 22.000 milliards de yen de créances douteuses en date de fin mars, le terme de l’exercice fiscal 1997-98. Mais en janvier, le ministère des Finances a chiffré le montant de ces créances à 77.000 milliards de yen. Le chiffre réel pourrait être plus proche de 100.000 mds de yen, si l’on prend en compte les coopératives de crédit et les banques agricoles. (AFP)
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